MIRANDUM

 
 

Martines de Pasqually

 

 



Martines de Pasqually

 

1. Biographie

 

Joachim de la Tour de la Case, dit Don Martines de Pasqually, est un des personnages les plus énigmatiques de l’illuminisme du XVIIIème siècle.

Il serait né en France aux environs de 1710 selon certaines sources, aux environs de 1727, selon d’autres ; son père était un espagnol, né à Alicante, et venu s’installer à Grenoble.

Sa famille pourrait être d’origine juive, mais Martines était chrétien puisque, lors d’un procès en 1769, il prouva en justice qu’il était catholique ; il se maria à Bordeaux, à l’église de sa paroisse, et fit baptiser ses enfants.

 

Le père de Martines, franc-maçon affilié à la maçonnerie jacobite, initia son fils et, à sa mort, lui transmit la patente qui lui avait été délivrée par les Stuarts. Il est probable que c’est son père qui lui transmit la science de la Kabbale. C’est ainsi que Martines de Pasqually va implanter au sein des loges écossaises qu’il fréquente un rite personnel, conçu d’après les traditions de la Kabbale et de la Gnose.

A partir de 1750, Martines parcourt le Sud-est de la France : partout il se fait admettre dans les Loges maçonniques et fait de nombreux prosélytes parmi les maçons Illuminés.

A partir de 1754 il crée et propage un nouveau système maçonnique : l’Ordre des Chevaliers Maçons Elus Cohen de l’Univers, habituellement dénommé Ordre des Elus Cohen.

 


Ordre des Elus-Cohen
 

En 1762 il arrive à Bordeaux où il se marie et où il résidera jusqu’en 1768.

Il y entre à la Loge « La Française » à l’O. de Bordeaux et, en moins d’un an, il la transforme et la reconstitue selon son rite personnel sous le nom de « la Perfection Elue et Ecossaise ».

Elle sera reconnue sous sa nouvelle forme par la Grande Loge de France en 1765.

Cette même année 1765, il se rend à Paris où il se lie d’amitié avec Jean-Baptiste Willermoz, un des plus importants maçons de l’époque, qui deviendra son fidèle lieutenant.

 

En 1768, c’est Louis-Claude de Saint-Martin, alors Officier au régiment de Foix, qui devient son fervent disciple. En 1771 et 1772, Saint-Martin secondera Martines, devenu Grand Maître, avec intelligence et méthode, à titre de secrétaire bénévole.

C’est d’ailleurs grâce à lui que l’Ordre des Elus Cohen va s’ordonner.


Louis-Claude de Saint-Martin
 

Mais quelques mois plus tard, Martines de Pasqually quitte la France pour recueillir un héritage à Saint-Domingue qu’il ne quittera plus et où il mourra deux ans plus tard en 1774.

 

 

2. La doctrine

 

La base spirituelle du martinésisme[1] est que l’homme est d’essence divine et est appelé à réintégrer le plan divin.

Sur cet axiome, Martines a bâti une grandiose doctrine, qui englobe toute la destinée humaine, de la chute d’Adam à ce qu’il nomme la Réintégration ; c’est un drame cosmique où les influences kabbalistiques sont discernables, mais où Jésus-Christ est au sommet.

Certains auteurs pensent qu’il aurait été initié par des Frères de la Rose+Croix, puis par Swedenborg qu’il aurait rencontré à Londres.

Viatte, par exemple, admet que Martines fut Rose+Croix et que sa philosophie est une survivance du néoplatonisme alexandrin.

Selon René Guénon, Martines est « le dernier Rose+Croix connu, au XVIIème siècle ».

 

 

3. La théurgie

 

Pour Martines, il existe en l’homme des forces ignorées et il est possible de réveiller en lui des dons endormis comme la clairvoyance, la télépathie, l’extase ou le contact avec des êtres angéliques. En particulier, afin de se concilier les puissances célestes, l’initié se livre à des opérations théurgiques complexes, à des dates déterminées, où il opère seul, en l’unique présence des Anges.

 

A quoi tendaient les opérations prescrites par Martines de Pasqually ?

En l’obtention de « contacts » spirituels avec des Entités, contacts non seulement intérieurs, mais également manifestés par l’ouïe et par la vue. Le Réau-Croix est sensé devenir un véritable mage qui communique directement et sensiblement avec le monde supra-terrestre.

Selon la doctrine, l’adepte, favorisé de passes ou même mis en présence de la Cause, de la Réalité Suprême, accédait à un sacerdoce d’un genre particulier. Ces opérations exigeaient la stricte pratique d’un rituel déterminé par des circonstances astrologiques.

Le « Traité de la Réintégration des êtres » précise : « toutes ces choses sont données avec précision d’heure, de jour, de semaine, de lune, de mois et d ‘années ». « Une opération hors de son temps est sans fruit. »

Les initiés s’aidaient entre eux en opérant de la même façon, rigoureusement aux mêmes heures, dans des lieux différents.

Notons que dans la théurgie de Martines, l’officiant se prépare à recevoir une grâce divine, ce qui le distingue de la magie cérémonielle où l’officiant oblige des entités à lui obéir.

 

 

4. L’Ordre des Elus Cohen

 

L’Ordre comprend quatre classes de grades :

-          les trois degrés symboliques ou grades bleus : apprenti, compagnon, maître ;

-          les grades du Porche : apprenti élu cohen, compagnon élu cohen, maître élu cohen ;

-          les grades du Temple : grand architecte, chevalier (ou commandeur) d’orient ;

-          la quatrième classe ne comporte qu’un seul grade : celui de Réau-Croix 

 

Les statuts de 1767 mentionnent en outre, au sommet de la hiérarchie, un grade non maçonnique de SJ ou SI défini comme Souverain Juge ou Supérieur Inconnu.

On appelait « Supérieurs Inconnus » (S.I.), les cinq Frères membres d’un Tribunal Souverain à qui Martines avait confié la gestion de l’ordre des Elus Cohens lorsque, en 1772, il partit pour Saint-Domingue.

Les grades bleus et grades du Porche étaient conférés au cours de cérémonies d’initiation maçonnique ressemblant à celles de la Maçonnerie Ecossaise.

Mais les grades du Temple étaient « confirmés au cours de conjurations exécutées par le Maître Elu Cohen sans témoin (visible) et selon un rituel qui ne se pratiquait qu’aux équinoxes, aux solstices et aux nouvelles lunes ». Il s’agit donc bien de magie évocatoire.

D’une façon générale, nous sommes en présence d’un système d’initiation orthodoxe, basé sur un ensemble d’enseignements très précis, où la théorie et la pratique sont indissolublement liées, et sont transmis suivant la puissance réceptive acquise par chaque membre au moyen d’un travail entièrement personnel.

 

Remarquons que l’Ordre des Elus Cohen est un ordre maçonnique où les femmes peuvent être admises, ce qui est nouveau pour l’époque. C’est ainsi par exemple qu’en 1774, Willermoz initie sa sœur au grade de Réau-Croix. 

 

 

5. Les filiations

 

Après la mort de Martines de Pasqually, faute d’une direction ferme, l’Ordre se met progressivement en sommeil. En 1806 le Rite des Elus Cohen est encore représenté au Grand Collège des Rites du G.O. de France, mais en réalité le dernier temple de l’Ordre avait fermé ses portes dès 1780.

Quant à la famille de Martines, dont ses deux fils, elle disparut dans la tourmente révolutionnaire.

Mais la doctrine et la rituélie de Martines de Pasqually ont imprégné le Rite Ecossais Rectifié. Le principal artisan de cette continuation spirituelle sera Jean-Baptiste Willermoz.

 


 


Dans une lettre datée de 1822, adressée au baron de Turkheim, Willermoz signale que « de tous les R+ que j’ai connu particulièrement, il n’en reste point de vivants », ce qui fait douter d’une possible filiation directe de l’Ordre.

Néanmoins, des groupes d’Elus Cohen, issus d’initiations individuelles effectuées par des descendants spirituels de Martines, auraient subsisté au XIXème siècle, notamment en France et en Russie. Il s’agirait donc d’une transmission individuelle, de maître à disciple.

Selon Robert Ambelain, ils se seraient intégrés plus tard aux martinistes « papusiens », c’est-à-dire aux membres de l’Ordre Martiniste crée par le Docteur Gérard Encausse, dit « Papus ».

Enfin, en 1942, Robert Ambelain constituera lui-même un Ordre Martiniste des Elus Cohen, inspiré de Martines, dont une survivance existerait encore de nos jours.

 

De nombreuses archives de l’époque se trouvent dans les grandes bibliothèques françaises, principalement celle de Lyon, et ont fait l’objet de publications. Il est donc toujours possible de se documenter davantage sur le sujet.

 

 

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[1] Le martinésisme est la doctrine de Martines, alors que le martinisme est la doctrine héritée de Saint-Martin.




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