MIRANDUM

 
 

 

 

Notre-Dame d'Avioth

 

 

 

 La Basilique et la Recevresse vues de la place du village

 

 

 

Première Partie:

 

les aspects historiques et culturels de Notre-Dame d'Avioth

 

 

 

Les origines du pèlerinage

 

Le nom d'Avioth signifierait "lieu humide" ou - plus vraisemblablement - "domaine d'Avius" ou "d'Avitus", comme nous l'explique l'abbé R. Adam, curé à Avioth, dans le petit livre qu'il a rédigé en 1927 sur Notre-Dame d'Avioth.

 

Après avoir franchi la Thonne, au croisement de la rue qui conduit à Breux, vers le Nord, et de celle qui conduit à Thonne-la-Long, vers l'Est, se trouve une source, centre matériel du village.

La basilique est bâtie sur un terre-plein, qui servait autrefois de cimetière et auquel on accède par une porte du XVe siècle.

Tout contre celle-ci, une jolie chapelle, la "Recevresse".

L'église fut d'abord édifiée dans cet endroit primitivement désert, et c'est seulement plus tard qu'un village se forma autour d'elle.

 

Les documents antérieurs au XVIIe siècle la concernant ont disparu. Tout au plus sait-on que le pré "inculte et rempli de broussailles" peu avant 1188, avait été cédé à l'Abbaye d'Orval par un seigneur devenu moine, Lambert d'Etalle, ainsi qu'en témoigne une charte de Louis III de Chiny.

 

Les archéologues qui ont examiné la statue de Notre-Dame d'Avioth, dont Mgr Barbier de Montault, n'ont pas hésité à l'attribuer au XIIe siècle, peut-être à la fin du XIe. Primitivement noire, en bois de chêne ou de cèdre, elle accuse des traces d'art byzantin.      Si elle n'est pas une copie, faite par un moine de l'abbaye naissante d'Orval, elle a dû vraisemblablement venir d'Orient.

 

"C'est en ce lieu d'Avioth, dit Maître Jean Delhôtel, curé d'Avioth en 1668          (Brief recueil de l'estat de l'église Notre-Dame d'Avioth), que fut apparue ceste sainte image de la Sacré Vierge Marie, trouvée aussi sur un arbre d'épine, lieu où elle est encore reposante et assise pour cejourd'hui au costel gauche du coeur de la dit église.

"J'a tousjours ouy dire et appris de nos ancestres qui de leurs ancestres avaient ouy dire et appris que ceste sainte image et miraculeuse avait esté bâtie des Anges."

 

La tradition rapporte également que, découverte dans les branches d’un arbre par les habitants du voisinage, la statue mystérieuse fut transportée dans l'église paroissiale de Saint-Brice. Mais le lendemain, elle était, dit-on, retournée à l'endroit où elle se trouvait la veille.

Les paroissiens y ont vu une indication du ciel et édifièrent un abri provisoire pour la statue. Des voeux y furent exaucés, du coup les foules affluèrent et il fallut bâtir une église.

 

A propos de ces découvertes d'objets, la plupart de style oriental, on a émis deux hypothèses:

 

-    ou bien, à cette époque de croisades, un chevalier, retournant dans son pays et campant là, aura, dans la surprise d'une attaque, laissé là le souvenir sacré rapporté de son expédition;

-    ou bien, cet objet a été volontairement donné par lui et a donc été déposé par des mains humaines à l'endroit où on l’a trouvé.

A côté de découvertes dites mystérieuses, on voit fréquemment des statues, des reliques, des souvenirs bibliques et évangéliques, ramenés de Terre Sainte par un croisé ou un templier et devenus l'origine d'un pèlerinage.

 

Remarquons aussi avec M. Schaudel (« Avioth à travers les âges ») :

"Par une comparaison assez commune au haut Moyen-Age...la qualification d'Ange paraît avoir été appliquée aux prêtres et aux religieux, considérés comme les représentants de Dieu sur la terre. C'est sans doute pour ce motif qu'au XVe siècle, on figurait les Anges revêtus de l'aube et de l'amiet à parements, puis de l'étole croisée sur la poitrine et aussi de la chape de       couleur, ornements qui distinguent les ministres des autels".

 

Observons également que les fils du Comte de Chiny et de nombreux vassaux accompagnèrent Godefroy de Bouillon en Terre Sainte, à la fin du XIe siècle. Les sires d'Etalle, seigneurs de Breux, souvent mentionnés dans l'entourage des Comtes de Chiny, peuvent avoir été du nombre.

 

Il est d’ailleurs curieux de constater à ce propos, que la limite du ban de Breux ait alors correspondu exactement au mur méridional du cimetière qui entoure l'église. Peut-être a-t-on tenu à édifier cette église sur le domaine de ces puissants protecteurs. Les Comtes de Chiny eux-mêmes sont mentionnés par certains comme les instigateurs et les bienfaiteurs du pèlerinage.

 


Saint Bernard de Clairvaux


Saint Bernard
de Clairvaux est venu à Avioth et y a encouragé, à sa naissance, cette dévotion locale (probablement en mars 1132, lors de sa venue à Orval). Une relique du saint est d'ailleurs conservée à Avioth.

Le pèlerinage atteindra son apogée au XVe siècle, quelques années après l'achèvement du sanctuaire.

 

Les auteurs de cette merveille gothique appartenaient à l'école champenoise, car, par bien des côtés, l'église d'Avioth s'apparente à celle de Mouzon et à la cathédrale de Reims.

 

 

La basilique a été commencée à la fois par les deux extrémités. Le fait n'était pas rare à l’époque. Il était dû à la préoccupation de ne pas interrompre le culte pendant les travaux. La nef ancienne était laissée pour les offices et l'on bâtissait ou rebâtissait aux deux bouts.

 

Le baldaquin qui surmonte le faldistorium, ou siège du célébrant, fait penser qu'il était destiné à un dignitaire ecclésiastique, peut-être Rollin de Rodemack, Chanoine de la cathédrale de Verdun, parent de l'empereur Wenceslas et frère du gouverneur de Montmédy (début du XVe siècle), ou encore de Jean de Uy, frère mineur de l'Ordre franciscain, parent de l'évêque de Metz.

 

 

La Recevresse (début du XVe siècle) était destinée à recevoir les dons en nature que venaient faire les bonnes gens des environs à certaines époques, notamment au jour de la décollation de Jean-Baptiste, comme le confirme le curé Jean Delhôtel au début du XVIIe siècle.

Elle a vraisemblablement été construite grâce aux générosités de la famille de Rodemack, dont elle porte les armes taillées dans son mur intérieur.

 

Viollet-le-Duc émet l'hypothèse qu'à certains jours d'affluence, on ait célébré la messe dans cette chapelle ouverte de tous côtés sur la place. Il s'y trouve en effet un autel, au moins depuis le XVIIe siècle. Celui-ci nous dit avoir vu un tronc au milieu de l'édicule.

Viollet-le-Duc a aussi envisagé l'utilisation de l'élégant clocheton de la Recevresse comme lanterne des morts, fanal placé le soir dans la flèche ajourée, et destiné à briller sur le champ de repos, image à la fois de la présence du Christ et du souvenir des morts, toujours vivant par la prière.

 

Le curé Delhôtel nous fait aussi savoir:

"qu'il y avoit (avant lui) quantité d'anneaux à la muraille de la cimetière de l'église Notre-Dame...et qu'en temps de guerre, cellui qui s'en pouvoit sésir, tant pour sa personne, bestails, estoit affranchie de hostilité de guerre" (Brief recueil).

 

A la fin de la guerre de Trente ans, le Traité des Pyrénées (7 novembre 1659) faisait définitivement d'Avioth un village français.

 

 
La Vierge à sa place consacrée, surplombant l'autel


En ce qui concerne les miracles, on considérait au XVIIe siècle comme interventions de

N-D d'Avioth:

 

-   les miracles d'ordre terrestre: personnes sauvées d'un accident ou relevées indemnes;

-    les grâces mixtes, atteignant à la fois le corps et l'âme: prisonniers de pirates barbaresques ou turcs dont la liberté était souvent promise au prix d'une apostasie, pauvres gens atteints de maladies mentales ou surnaturelles (possédés);

-    les bienfaits spirituels: principalement le baptême des enfants morts-nés, qui redonnaient quelques signes de vie, le temps du baptême ou une aide permettant au demandeur de faire le pas décisif qui lui rendait la paix de l'âme, le plus précieux des biens;

-   les progrès dans la pratique de la religion.

 

 

La Vierge portait une couronne de métal aux jours de fête, une couronne de fleurs artificielles les autres jours. Ces dernières, moyennant redevance, étaient prêtées aux jeunes filles pour les porter le jour de leur mariage, comme on permettait aux femmes qui allaient être mères de ceindre un instant la ceinture de Notre-Dame.

 

La piété des fidèles semble s'être ralentie durant la longue période de paix du XVIIIe siècle. "Il n'est rien de tel que la prospérité pour persuader à l'homme qu'il peut se passer du ciel".

Après le vandalisme de la Révolution, le XIXe siècle verra la restauration progressive de la basilique.

 

Vers 1910 on se préoccupa de vérifier l'exactitude de la légende suivant laquelle il existe sous l'église une crypte ou un souterrain et cette autre qui veut qu'une partie de l’ancien  trésor reste cachée sous terre ou sous les voûtes. Mais les recherches n'aboutirent pas.

 

La principale fête se célèbre le 16 juillet, fête de Notre-Dame du Mont-Carmel. En effet, le 21 août 1679, Frère Augustin de Sainte-Monique, provincial des Carmes de Belgique, instituait auprès du pèlerinage d'Avioth, la Confrérie du Saint-Scapulaire de N-D du Mont-Carmel, avec tous les privilèges y attachés par les Papes.

 

 

De nos jours, les prières portent le plus souvent sur des guérisons demandées ou des réussites d'examens.

 

             "Vous dont la nef accoste en ce béni rivage,

             "Pour que l'Etoile au port guide votre voyage,

             "Venez vous faire inscrire à son Livre de bord."

 

nous dit le Livre d'Or de la basilique (déposé sur l'autel de Sacré-Coeur).

 

 

 

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Seconde Partie:

 

Les aspects initiatiques de Notre-Dame d'Avioth

 

 

 
 Pèlerin selon Jérôme Bosch


La démarche

 

Avioth est un lieu de pèlerinage, et qui dit pèlerinage dit avant tout démarche active d'un pèlerin en vue d'une évolution, voire d'une transformation spirituelle.

 

Nous devons donc nous attendre à rencontrer, selon une méthode d'enseignement habituelle au moyen-âge, tout un contexte imagé et tout un langage symbolique, qui ont été mis en place pour permettre au pèlerin de comprendre un message particulier qui lui est spécialement destiné et qui est exprimé sous forme de signes de piste ou de signes de reconnaissance.

 

 

Le lieu et la légende de la statue

 

Commençons par la route qui mène au lieu de pèlerinage.

 

Le pèlerin du moyen-âge se rendant à Avioth faisait route vers une cathédrale située en pleine campagne et érigée en un lieu - au départ en tout cas - totalement inhabité.

 

Le site d'origine ne comporte que deux éléments: un arbre entouré de broussailles sur une bute au pied de laquelle jaillissait une source.

Traditionnellement la source est le symbole de la Vie pure et vierge, issue de la Terre-Mère, et l'arbre le symbole de l'axe du monde, qui relie la Terre au Ciel, les forces d'en-bas à celles d'en-haut.

 

Selon Fulcanelli, les sources, dans l'antiquité, étaient personnifiées par des nymphes ou des vierges-mères qui y recevaient un culte, et ce aussi bien dans la tradition grecque que dans la tradition celtique.

La nymphe ou la vierge-mère était représentée noire parce qu'elle vivait dans le monde souterrain: elle fait partie du monde de la terre.

Cette noirceur, se révélant au jour, devient eau pure et vierge. C'est en ce sens qu'elle est une vierge noire qui enfante.

Cette eau a bien entendu un grand pouvoir, puisque c'est une eau de la naissance, comparable au liquide amniotique.

 

Il n'est donc pas étonnant que quand la Vierge Marie apparaîtra plus tard, comme à Lourdes ou Fatima, il y aura tout naturellement dans son environnement immédiat une eau lustrale au pouvoir miraculeux.

 

A Avioth, la légende nous rapporte que la statue de la Vierge, trouvée dans les branches de l'arbre et apportée à l'église de Saint Brice toute proche, est revenue miraculeusement à l'endroit où on l'avait trouvée.

Pouvait-on indiquer plus clairement que le lieu choisi est de la plus haute importance.

 

L'hypothèse d'un ancien culte païen qui y aurait été célébré n'est pas prouvé, mais il est néanmoins d'autant plus plausible qu'en 1880, lors d'une campagne de fouilles à la limite de la commune, au lieu-dit Fontaine, on découvrit une villa gauloise et, à 300 pas de là, un édifice plus petit où l'on déterra une statue de pierre représentant une déesse assise, position fréquente des déesses-mères de nos régions.

 

Quant à l'appellation du lieu sans nom, elle viendrait en réalité, selon Paul de Saint-Hilaire[1], du début de l'invocation qu'on voit encore figurer sur le vieux sceau de la fabrique d'église: "Ave+O+Theotocos+Virgo" (Salut ô Vierge qui enfante d'un Dieu !) ou AVEOTH.

 

 

La légende de la construction

 

Penchons-nous maintenant sur la légende de la construction de la cathédrale.

Le terme même de légende vient du latin « legenda » : ce qui doit être lu.

Cette légende rapporte que la cathédrale aurait été construite en une nuit par le diable, mais que, pour toucher son salaire, il devait avoir achevé son travail avant le chant du coq.

 

Le maire et sa femme auraient en effet passé un pacte satanique en ce sens.

Mais la femme du maire, très rusée, aurait réveillé le coq avant l'heure et l'aurait fait chanter juste avant que le diable ne mette la dernière pierre, ce qui lui fit perdre son salaire.

 

Notons au passage qu'il existe une dizaine de légendes du même genre rien que dans la région des Ardennes et que fréquemment ces légendes sont liées à des  pierres levées ou à des tables dolméniques, appelées "pierre du diable".

Dans beaucoup de cas elles semblent attester la présence d'un culte plus ancien, considéré comme païen, donc diabolique, à cet endroit. Il faut se souvenir qu’à cette époque toute religion autre que la religion chrétienne était considérée comme dédiée au diable.

 

La construction de nuit pourrait aussi être considérée comme une construction liée à la nuit des temps mais annonciatrice de la lumière, c’est à dire de la foi chrétienne, comme l'office des ténèbres débute la liturgie de Pâques : la lumière de la connaissance sort toujours des ténèbres de l’ignorance.

 

Le diable et le coq
 

Un rappel de cette légende figurait jusqu’il y a peu dans la frise courant à gauche du portail principal de la cathédrale, montrant le diable sous forme d'un chat à queue de serpent épiant un coq qui picore sous son nez.

 

Au dessus de cette frise on peut voir un trou carré dans la façade du porche mettant en évidence la place de la pierre manquante de la légende.

Or la tradition rapporte qu'un rite pratiqué par le pèlerin dans plusieurs pèlerinages du moyen-âge consistait, une fois arrivé à une carrière des environs d'où on apercevait le but à atteindre, à se charger d'une pierre et à l'apporter à l'église comme étant sa contribution à la construction de l'édifice.

 


La pierre manquante

Comme l'indique l'emplacement vide et bien régulier dans la façade, il ne s'agit pas de n'importe quelle pierre : il s’agit d'une pierre taillée. La modeste pierre brute chargée par le pèlerin prend donc ici tout son sens. Elle représente le pèlerin lui-même qui, par le travail qu'il a effectué sur sa pierre brute, donc par le travail sur lui-même qu'il a accompli, a obtenu une pierre taillée et devient digne d'être associé au grand-oeuvre qu'est la cathédrale.

Symboliquement, la cathédrale n'est achevée que lorsque le pèlerin y a apporté sa pierre taillée, qui devient ainsi la pierre de finition.

 

Cette pierre taillée, donc le pèlerin lui-même, va encore subir une transformation, comme nous allons le voir bientôt.

Mais avant cela, je vous propose que nous nous arrêtions encore un instant au grand portail ou porche d'Occident.

 

 

Le portail du Christ (Ouest)



Le portail du Christ

 

Après avoir gravi un escalier monumental, le pèlerin arrive devant une façade majestueuse aux nombreux sujets et statues.

On notera en particulier les travaux des saisons et des mois, qui rappellent le déroulement de la vie terrestre, les qualités de vigilance dont il faut faire preuve, avec la parabole des vierges sages et des vierges folles, les 7 péchés capitaux dont il faut se garder, etc.

 

C'est donc guidé par la Bible que le pèlerin atteindra le but sous l'égide du Christ figurant au sommet du linteau.

 

Ce chemin jalonné d'embûches, les enfants morts-nés qu'on apportait à la Vierge Noire d'Avioth le franchissaient en quelques secondes comme le rappellent les hauts reliefs qui figurent sur la façade des deux tours situées de part et d'autre du porche d'Occident, qui est aussi celui du soleil couchant et donc du repos éternel.

 

Les enfants "ressuscités"


Car le principal miracle attribué à la Vierge noire d'Avioth est, rappelons-le, de ressusciter quelques instants les enfants morts-nés, le temps qu'ils puissent recevoir le baptême et donc se voir garantir la vie éternelle.

 

Les reliefs de la façade vont encore plus loin, semble-t-il, puisqu'ils représentent des enfants sortant du tombeau ou du cercueil et ressuscitant, et des squelettes qui se revêtent de chair pour paraître comme au jour du jugement. C'est donc bien une Vierge de résurrection qui est vénérée ici.

 

 

Le symbolisme des rosaces va compléter le message.

 

Placé sur le terre-plein carré qui sert de parvis au haut des marches de l'escalier monumental, le pèlerin se base donc sur le nombre 4 pour contempler au dessus de lui les nombres 8 et 20.

Au dessus du porche, en effet, à l'emplacement du tympan classique, figure une rose à 8 branches surmontée du Christ, le médiateur, dont le nombre symbolique est 8.

Rappelons ici que dans la symbolique chrétienne le passage de la terre au ciel se fait via un médiateur qui est le Christ. On passe ainsi de la terre, symbolisée par le nombre 4 et la couleur noire, au ciel, symbolisé par le nombre 12 et la couleur blanche, via un médiateur dont le nombre symbolique est le 8 et la couleur le rouge.

Contrairement à la symbolique alchimique qui passe de l’œuvre au noir à l’oeuvre au blanc pour atteindre finalement l’œuvre au rouge, la symbolique chrétienne des cathédrales passe donc du noir au rouge pour arriver au blanc, couleur de la résurrection.

Il y a toutefois ici une exception à cette règle traditionnelle : la grande rosace de la façade d'Occident, comporte 10 branches doubles. Et, en symbolique, s’il y a exception, il y a message particulier qui doit retenir l’attention.

 

Si on prend le symbolisme du nombre 10, cette rosace indiquerait le retour à l'unité après un cycle, donc le retour au plan divin, mais si on prend le symbolisme du nombre 20 (10 branches doubles), on retrouve la 20ème arcane du tarot ou "le Jugement", dont curieusement la lame comporte dans sa partie inférieure des personnages sortant du tombeau et dans sa partie supérieure un soleil semblable à une rosace et des anges sonnant de la trompette.

Cela méritait d'être souligné, me semble-t-il.

 

 
Anciennement on pouvait pénétrer dans l’église par le portail Occidental, mais aujourd’hui le portail est clos et la seule entrée est le portail Sud. Dirigeons-nous donc maintenant vers la place du village et la Recevresse.

 La Recevresse


La Recevresse

 

La première chose qui nous frappe en arrivant sur la place, c'est "la Recevresse", petit édifice gothique unique en son genre, situé à l'avant du portail Sud ou portail de la Vierge, à l'entrée de l'enceinte du cimetière qui entourait anciennement l'église.

 

Cet édifice s'élève du côté de la source des origines, à l'emplacement exact où se dressait le chêne du miracle. Il a subsisté encore trois siècles après la découverte de la statue de la Vierge dans ses branches. On y déposait des offrandes et on y clouait des ex-voto.

La "Recevresse" aurait été bâtie autour des racines de l’arbre, sur 6 piliers.

A l'intérieur on peut y voir une très belle Vierge à l'enfant en bois clair, les pieds posés sur un globe terrestre et tenant l'Enfant-Dieu dans ses bras.

Elle remplace depuis 1803 une réplique de la Vierge Noire qu'on y avait installée et qui avait été détruite à la Révolution.

Au-dessus d'elle pendent des fers de prisonniers.

 


La Vierge avec les fers de prisonniers
 

La légende rapporte que des chevaliers chrétiens, prisonniers du sultan sur les bords du Nil, auraient imploré la Vierge et se seraient réveillés à l'aube, chez eux, encore chargés des chaînes de leur captivité.

Retenons que ces chevaliers et leurs chaines viennent du Nil, donc d'Egypte.

 

Habituellement, les miracles attribués aux Vierges Noires consistent à ramener les bénéficiaires des ténèbres à la lumière: qu'il s'agisse de croisés ou de pèlerins prisonniers, sortis de leur prison, donc de l'obscurité, et ramenés miraculeusement au lieu du pèlerinage, ou encore d'enfants morts-nés, qui n'avaient pas droit au baptême et devaient séjourner dans les limbes, mais qui sont ressuscités le temps de recevoir le baptême, ce qui va leur permettre de passer des ténèbres de la mort à la lumière du salut.

 

On peut aussi considérer ces fers de prisonniers comme des ex-voto, témoignant, au delà des légendes, que des pèlerins, prisonniers du monde et de ses passions ou prisonniers de l'ignorance, y ont reçu la lumière de la connaissance.

 

 Le portail de la Vierge (Sud)


Le portail de la Vierge

 

Passons maintenant au portail Sud ou portail de la Vierge.

La première chose qui intrigue le visiteur est une série de deux fois cinq larges voiles, tendus de part et d'autre du porche.

Nous avons déjà vu le symbolisme du nombre 10 au portail du Christ.

 

Le tympan

Mais c'est le tympan qui retiendra le plus notre attention, avec des scènes représentant Sainte-Anne et son mari Joachim, père de la Vierge, l'annonciation, la nativité, les Rois Mages et enfin, juste sous le couronnement de la Vierge qui culmine à son sommet, trois scènes qui ont une importance toute particulière.

 

De sénestre à dextre, dans le sens de lecture du 3ème niveau, on reconnaît successivement:      le massacre des innocents, sujet amplement commenté par Nicolas Flamel et Fulcanelli, le miracle des blés et la fuite en Egypte.

 

 
de droite à gauche : le massacre des innocents,
le miracle des blés et la fuite en Egypte


La fuite en Egypte

 

Nos sources se trouvent cette fois dans l'Evangile de St Matthieu 2, 13 à 18 qui décrit la fuite en Egypte et le massacre des innocents.

Le texte commence après le départ des rois mages:

 

            13                    "Et quand ils se furent retirés, voici que l'Ange du Seigneur

                                    apparaît en songe à Joseph et dit:

                                   "Lève-toi, prends avec toi l'enfant et sa mère, et

                                    fuis en Egypte, et restes-y jusqu'à ce que je te le dise;

                                    car Hérode va rechercher l'enfant pour le faire périr."

            14                   Lui, se levant, prit avec lui l'enfant et sa mère,

                                    de nuit, et se retira en Egypte.

            15                   Et il y fut jusqu'à la mort d'Hérode, pour que

                                    s'accomplit ce qu'avait annoncé le Seigneur par le

                                    prophète, quand il dit:

                                               "D'Egypte, j'ai appelé mon fils." (Osée 11, 1)

            16                   Alors Hérode, voyant qu'il avait été joué par les mages,

                                    entra dans une grande fureur et envoya tuer tous les

                                    enfants de Bethléem et de tout son territoire, depuis

                                    l'âge de deux ans et au-dessous, selon le temps qu'il

                                    s'était fait préciser par les mages.

            17                   Alors s'accomplit ce qui avait été annoncé par Jérémie, le

                                    prophète, quand il dit:

            18                               "Une voix a été entendue dans Rama,

                                               sanglots et longue plainte;

                                               c'est Rachel qui pleure ses enfants

                                               et ne veut pas être consolée, parce qu'ils ne sont plus."

 

Dans la tradition juive, Egypte se dit "Mitzraïm", pluriel qui vient de la racine hébraïque "matzar", verbe signifiant: délimiter, circonscrire, mettre des bornes, mesurer.

Le substantif "metzar" signifie: borne, mesure, limite, mais aussi: défilé, passage étroit, étroitesse, et enfin: tourment, angoisse.

 

L'Egypte est donc le pays où l'on se sent à l'étroit, dans l'angoisse.

Dans la tradition juive, comme pour les Pères de l'Eglise, c'est le pays de l'exil.

C'est en réalité ce bas-monde: l'homme n'est pas fait pour vivre définitivement dans ce bas-monde, sa vraie patrie n'est pas ici-bas.

Et l'Egypte c'est ce bas-monde où tout est borné: tout se mesure en espace et en temps dans notre incarnation déchue.

Ce séjour en Egypte est pourtant une expérience nécessaire, puisque Abraham et Jacob ont fait cette expérience, car on sort d'Egypte expérimenté et enrichi sur le plan de la connaissance.

C'est le pays où le Christ s'incarne et prend mesure pour nous sauver.

 

Dans l'iconographie chrétienne on représente toujours cette fuite en Egypte par Joseph conduisant l'âne qui porte Marie et l'Enfant-Jésus.

L'âne symbolise le corps, il désigne cette incarnation. A partir du moment où le Christ descend dans notre monde d'exil, il est porté sur un âne.

Dieu a pris notre corps d'âne pour nous rencontrer et nous sauver.

 

On retrouve la même interprétation symbolique chez St François d'Assise qui, au soir de sa vie regrettait de ne pas avoir mieux traité "son frère l'âne", c’est-à-dire son corps et, bien sûr, dans l'exemple classique que représente l'âne d'or d'Apulée.

 

C’est aussi monté sur un âne que Jésus fait son entrée à Jérusalem : le maître spirituel est incarné, ce n’est pas un pur esprit.

 

Origène, quant à lui, nous dit que l'Egypte est le pays où règnent les principautés, les puissances et les dominations dont parle St Paul.

Dans ses "homélies sur la Genèse" (sources chrétiennes n°7, p351), Origène nous fait également remarquer qu'on "descend en Egypte", ce qui indique un endroit peu recommandable, alors qu'on "monte à Jérusalem".

 

L'Egypte est donc un lieu bas, c'est "ici-bas", par rapport à la Jérusalem céleste qui est le royaume d'en haut.

Dans la Genèse, Jacob, Joseph ou Israël en Egypte sont la figure de l'homme intérieur, de l'homme spirituel, qui est asservi au charnel, au profane.

C'est cela l'exil en Egypte.

 

Et la libération consiste à suivre le prophète qui montre la voie de la sortie pour aboutir dans la vraie patrie c’est-à-dire la Terre promise.

Pour le chrétien, la Terre promise c'est, bien entendu, le corps glorieux.

C'est donc toute l'aventure de l'homme intérieur qui doit germer et aboutir à la rédemption et à la résurrection, c’est-à-dire au corps glorieux.

Le Christ l'a bien dit: "mon royaume n'est pas de ce monde" et notre vraie patrie est le royaume des cieux.

 

Ce que le portail de la Vierge nous suggère en plus, c'est que nous pouvons obtenir la rédemption par l'intercession de Marie: c'est elle, en effet, qui ressuscite ici les enfants-morts-nés pour qu'ils atteignent le royaume des cieux.

 

 

La rédemption

 

Que veut dire rédemption ?

 

Le terme grec pour rédemption est "lutrôsis" qui vient de la même racine que le verbe "luô" qui signifie : délier.

"Lutrôsis" c'est la même chose que "luon", c'est la somme que l'on paie pour une rançon; quand on veut libérer un captif ou un esclave, il y a une somme à payer pour sa libération ou son rachat; c'est donc la somme qui délie

d'une dette ou la rançon.

 

En latin, "redimere", d'où vient "rédempteur", signifie "racheter" et "redemptio" signifie "rachat" ou "paiement d'une rançon".

Le sens est donc identique en grec et en latin.

 

On comprend mieux maintenant le sens des fers des captifs ou des esclaves qui sont exposés au dessus de la Vierge, dans la Recevresse. C'est bien par l'intervention de la Vierge d'Avioth que s'est opéré le rachat symbolique des pèlerins ou qu'est intervenue la rédemption de ceux pour lesquels cette intercession a été demandée.

 

 

Le massacre des innocents

 

Quant au "massacre des innocents", c'est St Bernard, qui, rappelons-le, a encouragé le pèlerinage à Avioth et qui va nous en donner la clef en nous expliquant le parallèle symbolique existant entre les premiers nés juifs tués par pharaon et le massacre des enfants de Bethléem par Hérode.

Ecoutons donc Saint Bernard dans son "1er sermon pour le dimanche de l'octave de Pâques":

 

"Que ceux qui connaissent l'histoire de l'Ancien Testament se rappellent comment, à l'époque où tous les enfants mâles des israélites étaient tués en Egypte, Moïse fut exposé sur le Nil et sauvé par la fille de pharaon et qu'ils me disent s'il n'est pas évident qu'il fut en cette circonstance la figure de Jésus-Christ.

En effet, comme Hérode, le pharaon d'Egypte cède à la crainte lorsqu'il a recours à la cruauté, mais comme lui aussi, il fut déçu dans son attente.

Dans les deux cas, bien des enfants périrent à cause de la crainte que ces tyrans avaient conçu d'un seul enfant.

              Et dans les deux cas aussi, c'est celui à qui ils en voulaient qui échappe à la mort.

Bien plus, de même que c'est la fille de pharaon qui reçut Moïse dans ses mains et le sauva, ainsi est-ce l'Egypte qu'on peut regarder avec raison comme la fille du pharaon qui reçut le Christ et le sauva.

Toutefois, il est clair qu'il y a bien plus dans cet enfant que dans Moïse, puisqu'il ne vient pas seulement dans l'eau, mais dans l'eau et dans le sang; en effet, les grandes eaux, dit St Jean, ce sont tous les peuples.

Ainsi, celui qui n'a réuni qu'un peuple, mais ne l'a point racheté, est venu dans l'eau seulement.

Quant à la délivrance de la servitude d'Egypte, ce n'est pas à Moïse, mais au sang même de l'agneau qu'elle est due.

Or elle est la figure de notre délivrance, de notre sortie de la vie pleine de vanité que nous menions dans le monde, par la vertu du sang de Jésus-Christ, l'Agneau divin."

 

 

Le miracle des blés

 

Reste le miracle des blés.

 

L'histoire nous est rapportée par un évangile apocryphe qui était connu de tous au moyen-âge.

Poursuivie par les soldats d'Hérode, la Sainte Famille arrive devant un champ qu'un laboureur ensemence.

Jésus, dit la légende, prend une poignée de grains et les sème dans le champ. Le blé grandit aussitôt et atteint une taille telle que la Sainte Famille peut s'y cacher. Les soldats arrivent et interrogent le laboureur qui leur répond qu'il a bien vu passer un couple avec un petit enfant au moment où il semait son blé.

Comme celui-ci est haut, les hommes d'Hérode continuent leur chemin.

 

Cet épisode fut chanté vers 1250 par le trouvère Geoffroy de Paris.

On y apprend que le laboureur s'appelait Amadour et qu'il abandonna tout ce qu'il avait pour se mettre au service de Marie.

Quand celle-ci mourut (ou s'éleva au ciel) il vint en Gaule où il devint ermite au pied d'un rocher qui prit son nom, Roc-Amadour, et qui devint le point de départ d'un culte particulier à la Vierge sous l'aspect d'une Vierge Noire.

 

Cette fois, les voiles qui se trouvaient de part et d'autre du porche prennent une signification. Loin d'être de simples motifs décoratifs, ne rappelleraient-ils pas plutôt le Voile de la Vierge ? et ce dernier n'aurait-il pas la même signification que le Voile d'Isis ?

 

Quant aux pierres brutes qui se trouvent dans des niches destinées à recevoir des sculptures, certains y voient un rappel de la légende qui rapporte que le diable n’a pas eu le temps de terminer son œuvre, le coq ayant chanté avant l’heure. Il s’agit en fait d'éléments d’ancrage de statues d’apôtres disparues pendant les guerres de religion.

 

 

Poursuivons notre visite : pénétrons maintenant dans l'édifice et avançons jusqu'à la première série de deux marches.

 

La nef

 


La pierre taillée


A notre droite, nous retrouvons une pierre taillée, fixée sur le premier pilier de la nef.

C’est peut-être un rappel de la pierre taillée du pèlerin qui était destinée à s’intégrer à l’édifice, dans la cavité de la façade réservée à cet effet. Selon l'Abbé Rozet ("comprendre Avioth") elle serait un vestige du culot servant à porter la statue de Notre-Dame, lorsque la partie Ouest de l'église était utilisée pour le culte.  
 

A notre gauche, accroché au premier pilier de la nef, figure un groupe polychrome dans une sorte de niche, composé d'une statue de Sainte Marguerite, montée sur une sorte de gros bouc de couleur verte à tête de diable, appelé d'ailleurs le Vert-bouc ou le War-bouc par les gens du pays.

 


Sainte Marguerite d'Antioche
 

Contrairement aux sorcières qui sont réputées monter sur des boucs pour aller au sabbat, le personnage représenté ici sort les mains jointes du dos d'un dragon vert. Car il s'agit de Sainte Marguerite d'Antioche, une sainte très populaire au moyen-âge, dont l'attribut symbolique est un dragon.

Jetée en pâture à un dragon qui l'avala, elle sortit cependant indemne du corps du monstre, qu'elle attacha avec sa ceinture et qu'elle contraignit à la suivre.

Elle était la patronne des femmes en couches.

 

Ceux qui ont fait des greco-latines se souviendront que "marguerites" en grec signifie « perle » ou « pierre précieuse » et que le dragon, gardien traditionnel des trésors dans la mythologie, symbolise le feu qui garde, qui protège ou qui transforme.

 

Le rôle des Saints et de leurs attributs est de nous proposer des modèles, bien sûr, mais aussi, dans la symbolique des cathédrales, de participer à une phrase ou à une suite symbolique ; mise à la suite du message du porche, ce groupe pourrait avoir comme mission de nous indiquer que la pierre vile, transformée par le feu, devient pierre précieuse ou que l'âme du pèlerin, transformée par le feu de l'esprit, donc le feu de la connaissance, devient un joyau au service de Dieu.

Car la pierre précieuse n'est pas extérieure à nous: elle est cachée au plus profond de nous, elle fait partie de notre essence intime. C'est là le sens de l'adage hermétique VITRIOL: "visite l'intérieur de la terre et, après transformation, tu trouveras la pierre cachée".

 

Sainte Marguerite est la pierre cachée, la pierre précieuse, sortant du plus profond des entrailles du dragon, du plus profond de la partie grossière de l'être qu'elle domine et qui lui obéit.

En langage du XVIIe siècle on pourrait également dire qu’elle a transformé les vices, c’est-à-dire les énergies négatives en vertus, c’est-à-dire en énergies positives.

 

Ce qui vient d’être décrit, c’est tout le processus de  passage de la pierre brute à la pierre taillée puis sa transformation en pierre précieuse, après avoir trouvé la quintessence, donc la connaissance, ou la grâce : celle qui transforme et qui nous permet de retrouver notre état divin.

 

 

Le symbolisme de la pierre

 

Puisque c'est la Bible qui doit nous servir de guide, avions-nous vu, cherchons dans celle-ci une confirmation de notre interprétation.

 

On trouve l'image de la pierre comme symbole du Christ dans le Psaume 118:

 

"La pierre qu'avaient rejetée les bâtisseurs, c'est elle qui est devenue pierre de faîte. Voici l'oeuvre du Seigneur, elle est merveilleuse à nos yeux."

 

Ensuite, dans Matthieu 21, 33 qui parle des vignerons homicides:

 

"Celui qui tombera sur cette pierre s'y fracassera et celui sur qui elle  tombera, elle l'écrasera."

 

Mais la véritable clé de ce message codé me semble pouvoir être trouvée dans la 1ère Epitre de Pierre 2, 4 à 9, traitant des croyants, de la maison spirituelle et du sacerdoce royal:

 

4       "Avancez-vous vers lui, pierre vivante rejetée par les hommes, mais élue, précieuse devant Dieu,

5       et vous-mêmes, comme des pierres vivantes, laissez-vous bâtir en maison spirituelle, pour un sacerdoce saint, en vue d'offrir des sacrifices spirituels, agréés de Dieu par Jésus-Christ.

6       Car on trouve dans l'Ecriture:

              "Voici que je place en Sion une pierre élue, angulaire, précieuse;

               et qui se fie en elle ne saurait avoir honte."

7        A vous donc l'honneur, vous qui croyez; mais pour ceux qui refusent de croire, la pierre qu'avaient rejetée les bâtisseurs, c'est elle qui est devenue tête d'angle,

8         et pierre d'achoppement, et roc où l'on trébuche.

Ils achoppent, parce qu'ils refusent de croire à la Parole; et c'est à quoi ils                         ont été destinés.

9         Mais vous, vous êtes une race élue, un sacerdoce royal, une nation sainte, un peuple qu'il s'est acquis pour annoncer les vertus de celui qui vous a appelés des ténèbres à sa merveilleuse lumière."

 

Le message est clairement que le Christ est la pierre vivante et précieuse qui nous a appelés des ténèbres à sa lumière et qui nous invite à mettre à profit notre pèlerinage terrestre, càd notre incarnation, pour devenir, à son imitation, des pierres vivantes qui serviront à bâtir une maison spirituelle.

 

Enfin l'Epître aux Ephésiens 2, 20-22 devrait achever de nous convaincre:

 

20     La construction que vous êtes a pour fondations les apôtres et les prophètes et pour pierre d'angle le Christ Jésus lui-même.

21     En lui toute construction s'ajoute et grandit en un Temple saint dans le Seigneur;

22     en lui vous aussi vous êtes intégrés à la construction pour devenir une demeure de Dieu dans l'Esprit.

 

 

Si nous continuons notre progression nous arrivons à la troisième volée de marches qui marque l'entrée du choeur. C'est là, sur l'autel, au centre du choeur, que la Vierge va accomplir le miracle.

 

 Le choeur

 Si le symbolisme de la pierre et de la transformation du pèlerin est sans aucun doute fondamental, l'intérêt conscient du pèlerin est tout de même tourné en premier lieu vers Notre-Dame d'Avioth, Vierge Noire miraculeuse qui donne son nom au pèlerinage.

Un chercheur un peu plus curieux que les autres pourra probablement décrypter un cheminement plus initiatique ou mystique.

Ce cheminement n'est d’ailleurs pas propre à Avioth et se retrouve en maints autres lieux de pèlerinage.

 

Le sens de visite pour le pèlerin doit avoir a pour aboutissement le choeur où doit s'accomplir le miracle.

 

"Si la voie se cherche au matin, nous dit Paul de Saint-Hilaire dans son "Ardenne Mystérieuse"[2], c'est au soir, à Vêpres, que le mystère se livre. Car c'est le soleil que les maçons avaient jadis chargé d'éclairer l'intelligence du pèlerin.

Passant à travers la rose du couchant, l'astre caresse d'abord la fontaine où l'eau miraculeuse, provenant de la source sacrée, était contenue dans un récipient de cuivre étamé, muni au bas d'un robinet.


L'Ange au cierge sous l'armoire vide


Le vase, supprimé depuis, était placé à l'intérieur de l'armoire en pierre qu'on voit adossée au premier pilier de gauche, sculptée à sa base d'un archange nimbé, tenant à l'horizontale un cierge éteint. Le miracle n'a pas encore eu lieu."

 

 
La Vierge avec son manteau aux fleurs de lotus

La Vierge Noire d'Avioth

 

"La lumière vient ensuite, entre les deux piliers, auréoler la Madone assise.

Elle est en bois noir et ce n'est qu'au début du XXème siècle que l'église a commencé à se méfier des Vierges Noires et que le visage et les mains ont été enduits de peinture blanche".

 

La Vierge Noire se tient assise, tenant l'Enfant devant elle, sur ses genoux.

 

C'est une Vierge "habillée", comme à Chartres, c’est-à-dire que la statue de bois est revêtue de vêtements en tissus qui changent selon les fêtes. Comme la déesse Isis en Egypte.

Notons que son manteau brodé le plus connu est décoré de fleurs de lotus, qui sont plus courantes en Egypte qu'en Gaume.

"La statue est placée dans une sorte de monument pyramidal en pierre. En dessous d'elle, dans un tabernacle, est exposée, comme auprès de la Vierge Noire de Chartres, une relique du Voile de la Vierge par qui le miracle va bientôt s'accomplir sur l'autel tout proche."

 

 
La relique du Voile de la Vierge


Le voile de la Vierge

 

On ne peut s'empêcher de faire ici, à nouveau, un parallèle entre le Voile de la Vierge Marie qui ressuscite des enfants et le Voile d'Isis la Noire qui ressuscite Osiris.

 

Le symbolisme du voile évoque la dissimulation des choses secrètes, et le dévoilement est une révélation, une connaissance, une initiation.

Le retrait du voile d'Isis, par le prêtre égyptien représentait la révélation de la lumière.

 

Novalis écrivait au XVIIIème siècle: "réussir à soulever le voile, c'est devenir immortel" et encore "un homme réussit à soulever le voile d'Isis. Mais que vit-il ? Il vit le miracle des miracles: lui-même !".

Voiler et révéler sont une seule et même chose: l'ultime réalité, qui est l'identité du moi et du Soi, c’est-à-dire de soi-même et du Divin, doit être voilée par l'illusion du monde pour pouvoir être perçue.

De même que, tant dans la Bible que dans le Coran, il est répété que la Face de Dieu doit être voilée pour ne pas brûler celui qui la regarde.

Le voile est donc l'intermédiaire nécessaire pour accéder à la connaissance puisque révéler c'est aussi bien ôter le voile que recouvrir d'un voile.

 

  

Le message initiatique

 

Jacques Huynen nous rappelle que, loin d'être une survivance vague d'un culte païen toléré dans les églises, le culte des Vierges Noires a, semble-t-il, été mis en place partout en Europe par des ordres monastiques, principalement par les moines bénédictins.

 

Dans le cas d'Avioth, l'influence des moines bénédictins de l'abbaye d'Orval, toute proche, est manifeste, particulièrement grâce à l'encouragement donné à ce pèlerinage par St Bernard.

 

Toutes ces statues ont d'ailleurs connu au moyen-âge une importance de culte absolument incroyable, au point que, dans les grands lieux de pèlerinage, le nombre d'habitants était en moyenne 3 fois celui d'aujourd'hui, alors que la population totale de la France était le quart de ce qu'elle est actuellement.

 

Dans le langage populaire, les Vierges Noires sont souvent appelées Egyptiennes.

Peut-être parce que l'Egypte était appelée la terre noire ?

Nous venons de voir, grâce à la lumière de la Bible et de St Bernard, pourquoi leur pays d'origine est l'Egypte plutôt que Byzance ou la Palestine.

 

C'est sans doute cette origine égyptienne qui explique la valeur alchimique que, à tort ou à raison, on leur a prêté.

Selon Robert Amadou, même si la signification des Vierges Noires n'est pas délibérément alchimique, il se trouve que l'alchimie, qu'on ne peut pas isoler de l'ensemble de la doctrine ésotérique qu'elle exprime et qu'elle applique d'une certaine manière, reprend d'une façon particulière ce que signifie la Vierge Noire.

 

En particulier, il faut remarquer l'analogie ou la correspondance parfaite entre la Vierge Marie, Vierge mère, associée à la lune dans l'iconographie chrétienne, qui donne naissance au Christ associé au soleil, et à l'idée de naissance ou même de renaissance (par exemple des enfants morts-nés), d'une part, et, d'autre part, la tradition grecque des vierges liées au monde souterrain, donc noir, et à la lune, et qui président aux initiations et donnent une deuxième naissance.

La lune exprime d'ailleurs parfaitement la grande leçon initiatique:

            "on ne décroît que pour croître et on ne meurt que pour revivre".

 

On retrouve là tout le thème de la descente aux enfers et de la remontée à la lumière considérée comme une seconde naissance.

 

 

Le baptême d'Avioth

 

Et nous arrivons enfin au baptême, finalité même du sanctuaire de Notre-Dame d'Avioth, au moyen-âge. Il s'opérait sur l'autel aux quatre personnages, qui ne sont autres que les quatre Evangélistes.


Les 4 Evangélistes (tétramorphe)


A nouveau, le parallèle est évident entre le tétramorphe du maître-autel et le sphinx, comme entre la Vierge Noire et Isis l'Egyptienne.
Devant la Vierge noire, en effet, nous voyons l'autel représentant le Sphinx, composé des quatre animaux fabuleux que sont les symboles des quatre Evangélistes, et, en symétrie avec la Vierge, il y a le tabernacle construit en forme de pyramide,
 ou du moins ce que l'imagination du moyen-âge croyait être une pyramide, c’est-à-dire une sorte de clocheton gothique pointu.

 


Le tabernacle "pyramide"

A noter l'inscription mystérieuse qui figure sur la porte du tabernacle: à ce jour elle n'a jamais pu être déchiffrée !  


 


L'inscription étrange sur le Tabernacle


Et s'il fallait la lire porte ouverte ?



Avis aux spécialistes ?


La chapelle de St Jean

 

De même que la messe se terminait autrefois par le dernier évangile, c’est-à-dire par la lecture du prologue de l'évangile de Jean, qui est aussi l'évangile des initiés, de même le pèlerin termine sa visite par la chapelle St Jean, disposée de telle sorte qu'elle reçoive la pleine lumière de midi puisqu'elle est placée à l'endroit où d'habitude, se trouve le portail Sud des cathédrales.

Curieusement la construction de cette chapelle, qui date de 1539, a obligé les maçons à démonter pierre par pierre et à reconstruire deux travées plus loin le portail de la Vierge qui se trouvait primitivement à cet endroit.

  

Conclusion

 

Je terminerai donc en citant le texte de ce dernier évangile qui n'est autre que le prologue de l'Evangile de Jean et qui me semble tout-à-fait approprié comme conclusion:

 

                                   "Au commencement était le Verbe

                                    et le Verbe était avec Dieu

                                    et le Verbe était Dieu.

                                     Il était au commencement avec Dieu.

                                    Toutes choses ont été faites par Lui

                                    et rien de ce qui a été fait n'a été fait sans Lui.

                                    En Lui était la Vie

                                    et la Vie était la Lumière des hommes.

                                    La Lumière luit dans les ténèbres

                                    et les ténèbres ne l'ont point reçue."

 

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vous pouvez l'envoyer à l'adresse suivante: 

uscvg@hotmail.com


[1] [2]Paul de Saint-Hilaire, « l’Ardenne mystérieuse », Rossel, 1976.

 

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