MIRANDUM

 
 

Lilith la rebelle


Lilith par John Collier
 
Selon la Kabbale juive, Lilith (en hébreu : lamed, iod, lamed, iod, tav) est la première femme et la première compagne d’Adam, au Jardin d'Eden. Avant Eve.                                                                                                            
Il s’agit probablement du plus ancien mythe de révolte féminine.

Origines

Le mot hébreu Lilit, qui prend en akkadien la forme Lilitu, est un prénom féminin de racine proto-sémitique LYL « Nuit », qui signifie littéralement « la femme de la nuit ». Toutefois, sur des inscriptions cunéiformes, Lilit et Lilitu font référence à des esprits du vent apportant la maladie. L'akkadien lil-itu, est un emprunt du sumérien lil « vent», et en particulier de NIN.LIL « Dame du vent », déesse du vent du Sud, auquel est accolé le mot itud « lune »[1].

Les diverses étymologies de son nom, layil, leila ou lavlah, désignent invariablement la nuit. Mais tout porte à croire que l’origine de ce nom remonte encore plus loin et que les racines de Lil ou Lul (signifiant semble-t-il « lèvres » dans de nombreuse langue protohistorique et qui se retrouvent encore en Français dans lippe et plus clairement encore dans le mot anglais lips), faisaient à la fois référence, au niveau du sexe féminin, à ce qui s’ouvre au plaisir et donne la vie, et, au niveau de la bouche, à ce qui mange, ce qui tète et surtout ce qui parle.

La première mention du personnage de Lilith remonte au mythe Nanne et l'arbre huluppu, relaté dans la tablette XII du mythe Gilgamesh[[2]]. Cette tablette, qui date de 2000 av. J.-C.[[3]], a été retrouvée à Ur, cité mésopotamienne actuellement en Irak, dont serait originaire Abraham selon la tradition de la Torah, de l'Ancien Testament et du Coran. Son texte fut publié en 1930 par C.J. Gadd, du British Museum. C'est le premier texte sumérien retrouvé faisant état d'une ki-sikil  (« jeune femme ») lil-là (« aérienne »), parce qu’elle vivait dans un arbre (l'huluppu, assimilé au saule) sur les bords de l'Euphrate. C’est cet arbre que la déesse Inanna sauva des eaux en le plantant dans son jardin sacré à Uruk. Samuel Noah Kramer qui avait travaillé sur cette traduction du mythe de Gilgamesh, précisait que SIKIL signifiant "Pure" avait le sens de PARFAITE, c’est-à-dire présentant l'absence de tout défaut ; nous y reviendrons.

L’ancêtre de Lilith est donc Inanna (en sumérien) ou Ishtar (en akkadien). Ses principaux attributs sont une chouette, de part et d’autre, deux lions sur lesquels elle se tient, comme sur un trône, et des ailes.

            
Représentation de la Déesse Inanna avec sa 
couronne de la steppe et ses attributs
 
On remarquera qu’en symbolique la chouette est un symbole de Connaissance et de Sagesse (les Grecs en feront un attribut d’Athena) car elle voit dans les ténèbres. Les lions symbolisent la force. Les ailes sont un symbole d’appartenance au monde spirituel. Comme de plus Ishtar est présentée comme une femme belle, aux formes harmonieuses, ont peut donc conclure que sa représentation réunit les vertus de Sagesse, Force et Beauté, trois piliers de la Tradition.

Ishtar était déesse de l’amour physique et de la guerre, elle régissait la vie et la mort. Sans rentrer dans les détails du mythe d’Ishtar, qui sort de notre sujet, Ishtar serait descendue en enfer, après la mort de son mari Tammuz, pour ramener celui-ci. Elle devait y rester prisonnière, mais l’absence d’Ishtar stoppe toute reproduction, ce qui panique les dieux et les poussent à la libérer. Chaque année au nouvel an, le souverain était tenu « d’épouser » l’une des prêtresses d’Ishtar, afin d’assurer la fertilité des terres et la fécondité des femelles. Des spécialistes pensent que ces hymnes de mariage sacré ont pu influencer le Cantique des cantiques des Hébreux, qui présente de nombreux traits similaires.

Ce mythe fut ensuite assimilé par la culture sémitique et donna lieu aux exploitations connues sous le nom de Lilith, notamment dans le Talmud de Babylone. Cette tablette n'attribue aucun caractère maléfique à cette ki-sikil lil-là. En effet, comme on a pu l'observer pour d'autres mythes, les sémites babyloniens et hébreux ont repris des éléments de la culture sumérienne pour leur faire subir une assimilation au cours de laquelle les noms ont subi des transformations et les personnages ont reçu des nouveaux attributs.                                        
Ainsi ki-sikil lil-là devient Lilith (démon femelle) en hébreu et Lilitû en babylonien.     
C'est au cours de cette appropriation que Lilith devient, dans le récit hébreu, la première femme, avant Ève.

Lilith pourvue d’ailes
 
Considérée comme un démon dévoreur, Lilith est liée à une déesse mère. Déesse-serpent, déesse ailée ou sirène (donc alliant les caractères chtonien, aérien ou aquatique), Lilith correspond pour Marija Gimbutas[4] à la déesse mère dont on retrouve la trace depuis le paléolithique supérieur. On la retrouverait également dans la « déesse aux serpents » de la civilisation minoenne et sous les traits d’Isis, la déesse ailée de l’Égypte ancienne. Elle aurait été reprise par la tradition juive au temps de la captivité de Babylone. Aux temps bibliques, elle est une représentation symbolique du matriarcat préexistant au patriarcat. Au niveau des astres, elle est mise en rapport avec la Lune.

La transformation de cette déesse-mère en démon semble s’être universellement produite à la naissance du patriarcat, peut être par misogynie, mais aussi à cause des abus auxquels la dégénérescence des sociétés matriarcales a donné lieu. Seules les sociétés matrilinéaires ont assuré, dans l’histoire humaine, l’égalité des sexes. Après ce que l’on peut supposer avoir été une longue époque matrilinéaire pendant laquelle régnait sans partage le culte de la déesse et où la femme était à la fois mère et prêtresse, il est probable et plausible, que les femmes aient profité du pouvoir qu’elles exerçaient sur la société pour exploiter les hommes, les réduire en esclavage et même, dans certains cas extrêmes, tenter de les exterminer, n’en gardant que quelques uns pour la reproduction[5]….

 
Déesse-mère minoenne devenue Gaïa, chez les Grecs
 
Rappelons que l'Ancien Testament fut rédigé pour l’essentiel à la fin du VIe s. av J.-C., au retour de l'asservissement des Hébreux cananéens par les Babyloniens, tout en reprenant des textes et une tradition plus ancienne. C'est sous cette forme que le mythe de Lilith s'est transmis et développé pendant plus de 2.500 ans. Ce n'est qu'au XIXe siècle après J.-C. que Grotenfeld et des spécialistes de l’Assyrie et de Sumer ont mis au jour les emprunts des peuplades sémitiques à la culture sumérienne dans le domaine de la mythologie. Le cas le plus célèbre de ce phénomène est le mythe du Déluge, histoire dont on sait maintenant qu'elle date de 3.500 ans av. J.-C., donc bien avant que n'apparaisse la tribu des Hébreux, dont la première trace remonte à 1.200 av. J.-C. sur la stèle de Mérenptah[6].  

Dotée d’une sexualité illimitée et d’une fécondité prolifique, tout en étant symbole de frigidité et de stérilité, épouse, fille et double du diable, Lilith rassemble, dans la culture judéo-chrétienne, les côtés négatifs attribués à la féminité archaïque, celle qui ne peut être l’épouse de l’homme.

Pourquoi cette vision négative ?

 

La création d’Eve par Michel-Ange
 
La Bible

Le livre de la Genèse propose deux récits de la création de la femme :
  • Dans le premier, l'homme et la femme sont créés sous l'appellation adam(a), qui signifie aussi  « humanité » ou « terre » en hébreu.                                                     
        Gen. I, 27 : « Dieu créa l’Homme à son image ; il le créa à l’image de Dieu ; il les créa        
        mâle et femelle »). Il s'agit ici d'un récit du genre sacerdotal datant de la période  
        post-exilique (après l'an -535);
  • Dans le second, où elle trouve son nom d’Ève, la femme est conçue à partir d’une côte prise sur le corps d’Adam (Gen. II, 22-23).
        « YHVH Dieu bâtit en femme la côte qu’il avait prise de l’homme, et il l’amena à l’homme.  
        L’homme dit : « Celle-ci, cette fois, est l’os de mes os et la chair de ma chair ; celle-ci sera
        appelée femme, car c’est d’un homme qu’elle a été prise, celle-ci ! » »

Ce texte est difficilement compréhensible si on ignore l’existence de la première femme, Lilith. Ce second récit est visiblement plus ancien que le premier et proviendrait de la source yahwiste, avant l'exil à Babylone (avant l'an -587).

Lilith n'est pas nommée dans la Genèse, elle n'est même nommée nulle part dans la Bible canonique (donc catholique). Le terme se trouve cependant dans différentes versions de la Bible comme la TOB, la Bible de Jérusalem, la Bible Darby et la Bible d’André Chouraqui pour désigner un  «être nocturne». Les traductions de Louis Segond et Augustin Crampon utilisent respectivement spectre de la nuit et spectre des nuits.      
      
                                               
Adam, Eve et Lilith par Michel-Ange
 
 La contradiction entre ces deux passages de la Genèse n’étant pas résolue par les Chrétiens, qu’en pensent les Juifs ?
 
La Kabbale

C’est pour résoudre le problème posé par les deux récits non compatibles de la création de la femme trouvés dans la Genèse que les rabbins vont emprunter le mythe de Lilith aux Sumériens, et l'enrichir, en particulier dans l’Alphabet de Ben Sira, commentaire de l’Ecclésiaste écrit entre les VIIIe et Xe siècles après J.-C.

Selon les rabbins, au commencement (Béréshit) Lilith n’est que l’appellation générique d’une classe de démons femelles.        



Adam, Lilith et Eve par Cornelis van Haarlem
 
C’est dans l’Alphabet de Ben Sira que se trouve expliqué le destin de Lilith : elle est tirée de la même terre-glaise qu’Adam (que l’Alphabet appelle Adam-Kadmon) et donc se considère comme son égale. En conséquence, elle refuse de se tenir sous lui quand ils font l’amour, ce qui provoque une dispute [7]].
Devant les plaintes d’Adam, Dieu envoie les 3 anges de la Médecine (Snvi, Snsvi et Smnglof), pour essayer de la raisonner [8].
Mais Lilith, s'obstine. Elle est donc celle qui dit non à la fois à la position que lui propose l’homme dans leur couple et à la tentative de réconciliation de Dieu lui ordonnant de se plier au désir de l’homme. Du coup, des ailes lui poussent, et elle abandonne Adam et l’Éden.           
Pour la punir, Dieu la condamne à voir tous ses enfants mourir à la naissance. Désespérée, elle décide de se suicider.         
                                                                                                                  
Les anges lui donnent le pouvoir de tuer les enfants des Hommes (jusqu’à la circoncision, au huitième jour pour les garçons, et jusqu’au vingtième jour pour les filles). Elle rencontre ensuite le démon Samaël, l’épouse et s’installe avec lui dans la vallée de Jehanum, où il prend le nom d’Adam-Bélial.
Pour se venger, Lilith devient le serpent qui provoque la Chute d’Ève, et incite Caïn à tuer Abel. Comme ses enfants s’entretuent, Adam refuse de coucher avec Ève, ce qui permet à Lilith d’enfanter des nuées de démons avec le sperme d’Adam qui tombe à terre et ce pendant cent trente ans.

 

Adam, Lilith et Eve – Notre-Dame de Paris
 

Le Talmud et le Zohar

Dans la démonologie des Midrachim et du Zohar (Le Livre des splendeurs), il y a deux Lilith, la petite et la grande :
  • La « grande » est l’épouse de Samaël; c’est la femme de la dépravation. Les Geonim expliquent qu’elle contrôle 480 légions, ce qui correspond à la valeur numérique de son nom. Pour avoir, malgré tout, sauvé quelques enfants (dont le fils du roi Nabuchodonosor), elle est autorisée à remonter sur Terre à l’approche du crépuscule.     
  • La « petite » est l’épouse d’Asmodée, prince des Enfers où Lilith règne en toute majesté, avec les trois autres reines des démons : Igrat, Mahalath et Nahemah et toutes leurs cohortes qui donnent naissance à des enfants par légions.
Yehouda Bar Rabbi relate, dans sa Genèse Rabba : « Le Saint - béni soit-il - avait créé une première femme, mais l’homme, la voyant rebelle, pleine de sang et de sécrétions [9], s’en était écarté. Aussi le Saint - béni soit-il - s’y est repris et lui en a créé une seconde. » (Genèse Rabba 18:4).
Puis : « Caïn, qui se querellait avec Abel pour [la possession de] la première Ève [soit la petite Lilith, sa première mère], le tua… pour être sûr d’en être le seul possesseur. À eux deux, ils engendrèrent la portion diabolique de l’humanité, comme Adam et Ève en engendrèrent la portion bénéfique… » (Genèse Rabba 22:7→30).
 
Autres versions hébraïques
 
Quels que soient les exégètes, Lilith est toujours décrite ou perçue comme une maîtresse femme qui a un fort ascendant sur Adam et un appétit sexuel insatiable. Cela dit, il existe plusieurs versions hébraïques de ce mythe, ci dessous, l’une des plus répandues.

Adam se serait séparé de Lilith pour plusieurs raisons, toutes d’ordre sexuel :
  1. Lilith, qui refusait de voir son corps déformé par les grossesses, pratiquait la contraception voire peut-être l’avortement (ce qui va à l’encontre du Commandement formulé dès la création d'Adam dans la Genèse « Croissez et multipliez-vous ») ;
  2. Adam soupçonnait Lilith, l’insatiable, de forniquer avec les incubes (démons mâles), contrevenant ainsi au Commandement (qui n'est pas dans la Genèse) : « Tu n’auras d’autres époux que ton époux » ;
  3. Adam souhaitait pratiquer les relations sexuelles principalement ou uniquement en s’en tenant à la position du missionnaire. Mais Lilith, elle, rejetait les postures les plus classiques (qui donnaient toutes la supériorité à l’homme durant l’acte sexuel) et particulièrement celle dite position du missionnaire qui imposerait à la femme une position inférieure. Lilith revendiquait ainsi clairement son statut d’« égale » ;
  4. Finalement, Lilith, lasse de subir les reproches, les scènes et les exigences de son compagnon, se révolte ouvertement.
Adam, sous le coup de la colère et voulant faire preuve d’autorité, la chasse du paradis terrestre. YHVH, lui envoie des anges médecins, mais elle refuse d’obtempérer aux demandes du Divin, ce qui est l’un de ses traits de caractère. Finalement, chassée par Adam du Paradis, Lilith, éperdue, fuit droit devant elle, jusqu’aux abords de la mer Rouge. Là, elle cherche des humains mais ne trouve que des animaux et des démons. Elle entretient alors des relations avec le grand démon mais aussi avec nombre de démons et de démones.

Finalement YHWH prend acte du caractère irrémédiable de ses turpitudes et la rejette définitivement de la surface de la Terre vers l’abîme, au fond des océans, où elle demeure ensuite, profitant des grottes sous-marines pour rejoindre la Géhenne, procréant au passage une multitude de démons tant aquatiques qu’infra-terrestres. Elle devient ainsi la Femme des trois mondes, seul le monde céleste lui restant fermé.

Le mythe juif n’a plus aucun rapport avec la Lilith sumérienne des origines.

 
Lilith et le mal
 
 
Lilith au crépuscule
 
Lilith surpasse rapidement les succubes, servantes attitrées de Lucifer, sans en être une elle-même. Elle y obtient vite le titre de « Première démone », la préférée de Lucifer. Mais, bien que Grande Maîtresse des succubes, elle n’a par contre aucune autorité sur les démons mâles placés sous l’exclusive férule de son époux. Elle se venge en le trompant abondamment. A son tour, Lucifer la trompe avec Ève.

Des prières et objurgations multiples tentent de la maintenir dans les profondeurs océaniques pour l’empêcher de troubler la vie des Hommes et particulièrement des jeunes hommes (par définition, encore peu expérimentés), sur terre. Mais ces prières, assez efficaces de jour, perdent de leur force au début de la nuit. Lilith, aidée  par toutes les forces du mal, en profite pour sortir des Abîmes. Les mères et les jeunes mariées doivent tout faire pour éviter de laisser leur fils et leur époux seuls aux abords du crépuscule. Car alors, devenus une proie facile pour cette démone, toujours à l’affût, ils seraient entraînés, directement, vers la débauche pour toujours.

A propos de Lilith la séductrice qui assaille les hommes et les provoque à de maléfiques rapports,
voici un texte édifiant emprunté à Johann Jakob Schudt qui raconte, en 1717 : « Les Juifs de Francfort croient fermement que lorsque le sperme échappe à un homme, il formera de mauvais esprits avec l’aide de Lilith, mais qu’ils mourront en leurs temps.  La semence que répand à terre la masturbation, féconde Lilith et lui engendre des fils ».

On se rappelle à ce sujet la condamnation d’Onan qui avait refusé de faire des enfants à Tamar, la veuve de son frère Er. Il avait préféré « laisser sa semence se perdre dans la terre » et, en punition, il avait été frappé de mort par YHWH.
               « Onan savait que la descendance ne serait pas à lui ; aussi, lorsqu’il allait vers la femme
              de son frère, il se souillait à terre, pour ne pas donner de descendance à son frère.
              Ce qu’il faisait déplut à YHVH, qui le fit mourir, lui aussi. » (Gen 38, 9-10)

Les Sages d’Israël condamnent vigoureusement l’onanisme, passible de la peine de mort et outrage au Créateur (l’épisode d’Onan est cité dans le traité Nidda 13b, afin de proscrire aussi bien la masturbation que le coït interrompu). De toute évidence, la loi juive ne plaisante pas avec ces choses.


 
Lilith par Rossetti
 
Physiquement, d’après la tradition talmudique : Lilith serait rousse, sombre de teint, aux yeux noirs ou brun foncé, et Ève serait châtain (ou blonde) au teint et aux yeux clairs: « Je suis Ève, la claire ».
Le célèbre tableau de John Collier Lilith (1892), représente une femme au teint et aux cheveux clairs, qui pourrait tout aussi bien s’appeler Ève séduite par le Serpent.


 Lilith par John Collier
 
Dans le Talmud et le Zohar, elle apparaît sous la forme d’une créature démoniaque à visage de femme, dotée d’ailes et portant de longs cheveux. Différents passages du Talmud parlent d’ « un fœtus ailé comme Lilith », on dit encore d’une femme qu’elle « laisse pousser ses cheveux comme Lilith ».

Dans la peinture occidentale, c’est souvent sous les traits d’une superbe femme nue, parée d’une longue chevelure ondoyante, qu’elle est représentée, ses jambes prennent la forme de serpents, et pour couronner sa majesté deux ailes lui confèrent un aspect prodigieux. Une autre image de Lilith, est celle d’une belle femme, coiffée d’une tiare, aux pieds et aux ailes d’oiseau rapace, accompagnée d’une lionne et de chouettes (comme Ishtar).

Moralement comme psychiquement, Lilith fonctionne alternativement comme image du démon sexuel et comme femme fatale, stérile, là où Ève est vue comme la femme docile à l’homme, aussi idéale que génitrice.
 
Mais Lilith n’était pas qu’une femme, c’était aussi Celle qui savait, surnom qui lui fut donné par Bélial [10] à cause de sa grande intelligence.
Pas étonnant donc qu’elle soit considérée comme un équivalent de l’Isis égyptienne, à la fois la plus puissante des dieux du panthéon égyptien, mais aussi archétype de l’Initiatrice, capable de ressusciter son mari, Osiris. Comme Ishtar qui va rechercher son mari Tammuz aux Enfers : mort et résurrection.


 
Isis aux ailes déployées
 
En tant que femme supplantée, au bénéfice d’une autre femme, Lilith représente les haines familiales, la dissension des couples et l’inimitié des enfants. Dévorée elle-même par la jalousie, elle tue les nouveau-nés allant jusqu’à les dévorer en s’enivrant de leur sang[11]. Si la garde des mères est trop vigilante, Lilith déterre leurs cadavres, les vidant de leurs entrailles, ne laissant que quelques fétus de paille.

Toujours selon la Tradition juive, c’est Lilith, punie par la stérilité, qui pousse Satan, déguisé en serpent, à pervertir Ève en la possédant charnellement. De cette union, naît le premier être humain ombiliqué (doté d’un nombril contrairement à ses parents) : Caïn, qui commet le premier meurtre sur Terre, en tuant Abel, son propre frère.  

Mais pourquoi donc cette jeune fille pure et parfaite de la légende sumérienne est-elle devenue un tel monstre dans la tradition juive ?
 
Commentaires

Si le récit de la Genèse conservé dans la Bible présente Eve comme la seule compagne de l'homme, le Zohar  explique comment l'être humain primordial fut créé androgyne, mâle et femelle : "Dieu fit l'homme parfait. Il le forma mâle et femelle et la femelle comprise dans le mâle. [...]

Ensuite, Dieu fendit Adam, en sépara la femelle et il prépara la femelle, telle qu'on prépare une fiancée et qu'on la pare pour l'introduire sous le dais nuptial. Remarquons donc que Lilith est la vraie "moitié" de Adam, au propre comme au figuré. [...] Aussitôt que Lilith vit cela, elle prit la fuite et se sauva au-delà des mers où elle se tient constamment, prête à fondre sur le monde".
 
Lilith, la démone, la rebelle, la "femelle" ayant préféré s'enfuir "'au-delà des mers" plutôt que de se contenter d'être la "fiancée" d'Adam, c'est-à-dire la femme soumise à l'homme, serait ainsi son âme-soeur en exil, ou plus exactement son esprit rebelle.... Ce n'est qu'après sa déroute que Dieu aurait donné à Adam une autre compagne, Eve. [...]
 
Ce que Lilith a refusé, c'est d'être séparée de l'homme pour lui être ensuite soumise.  Sa rébellion contre Adam et Dieu peut s'expliquer par une sorte de "revendication féministe" avant la lettre. Lilith est l'égale d'Adam, et ne veut pas être dominée par lui.           

Mais il y a une autre raison plus essentielle: par la séparation de l'androgyne primordial, Dieu inflige à sa créature une blessure cruelle, une amputation d'une partie de soi-même. De parfait, entier, achevé, "divin", Adam devient scindé, divisé, "dia-bolisé".           
 
Ce que Lilith ("l'esprit") refuse, c'est la perte de l'unité divine. C'est pourquoi elle s'oppose, après en avoir été détachée "par l'esprit"', à s'unir à Adam "par la chair". Partie intégrante de l'homme, elle ne voit pas pourquoi elle deviendrait "sa" femme. [...]
 
Lilith est souvent représentée sous la forme d'une femme-serpent, au corps couvert d'écailles. Parfois elle est assimilée au serpent de la Genèse, qui est aussi le serpent de l'Initiation et de la Connaissance. Lilith, l'"esprit rebelle", figure donc le modèle de l'Initiatrice, du serpent tellurique et aussi de la Grande Déesse Mère telle qu'elle fut adorée dans l'Egypte ancienne ou dans la religion minoenne, en Crète, jusqu'en 1500 avant J.C.

 

Lilith par Lilian Broca
 
C’est d’ailleurs, on l’a vu, Bélial qui la surnomme « Celle qui savait », donc l’Initiatrice, celle qui a la Connaissance, la Gnose. Or Bélial est pour l’Eglise chrétienne le souvenir des cultes de l’Antiquité. On voit l’équation :

Connaissance, Initiation, Gnose = Serpent, Bélial, Lilith (les forces démoniaques).

Par ailleurs, l’utilisation de la religion à des fins politiques, telles qu’on peut aujourd’hui l’observer chez les intégristes, n’est pas nouvelle ! Veut-on restreindre les droits de la femme ? Rien de plus simple, il suffit d’annoncer que Dieu l’a créée soumise à l’homme.  Et pour stigmatiser le comportement non seulement antisocial mais surtout blasphématoire des femmes insoumises, on recycle l’image de la Grande Déesse en monstre infernal, et on fait de Lilith un démon.
 

 
Lilith aux ailes et aux pieds de rapace
 
 
Car ce modèle initiatique, issu du matriarcat antique, a été fortement combattu par la religion juive d’abord, par la religion chrétienne, ensuite.            
                                                          
Il ne faudrait pas oublier que, lorsque la religion chrétienne est devenue religion d’état, en 380 apr. J.-C.[12], les chrétiens, anciens persécutés, sont devenus eux-mêmes persécuteurs.  Ils ont massacré des milliers de païens, d’abord, c'est-à-dire des gens pratiquant des religions antérieures au christianisme, puis leurs compatriotes dits « hérétiques, c’est-à-dire n’adhérant pas aux nouveaux dogmes imposés par l’Eglise. Après une accalmie, les massacres ont repris de plus belle au Moyen Age. L’Inquisition qui a sévit du XIIe au XVe siècle dans toute l’Europe est tristement célèbre dans ce domaine.
 
Mais revenons à la tradition juive. La Kabbale rapporte une autre légende liée à Lilith ; lorsque Dieu façonna son corps, après celui d'Adam, il se trouva à cours de matière au moment de fabriquer son cerveau. Pour remédier à cela, il enleva les parties génitales de leur emplacement naturel (rendant Lilith impropre à la fécondation) et les greffa à la place du cerveau, transférant la sexualité de la démone sur un plan purement psychique. [...]
 
Ce tabou de la religion juive sur la sexualité sera largement utilisé plus tard par la partie puritaine des Eglises chrétiennes :
 
Femme sensuelle = péché
Relations sexuelles en dehors de la procréation = péché
Masturbation = péché
La semence masculine répandue = péché
Positions autres que celle du missionnaire = péché
Pensées impures = péché
Plaisir = péché
Bref :
Sexualité = péché
 
La sexualité étant inhérente à la nature humaine, la culpabiliser était une idée de génie pour exercer un contrôle ferme sur les fidèles. Certains pousseront la perversité jusqu’à affirmer que la procréation est l’œuvre de Dieu et le plaisir l’œuvre du Diable. Revers de la médaille, la libération sexuelle dans les années 1960 verra aussi les églises qui commencent à se vider. Coïncidence ?

 
 
Les anciens mythes féminins
 
Le mythe de Lilith, femme dominatrice et rebelle, vampire et goule, se rencontre dans d'autres mythes anciens. On la trouve notamment associée à l'archétype de la Grande Déesse Mère, l'Alma Mater, terrienne et tellurique, liée aux rites de mort et de fécondation.
 
La Grande Mère des origines, Gaïa, la Terre, est l'égale du Père, Ouranos, le Ciel, dans la création de toute chose. Elle est celle qui donne la vie et qui la reprend, gardienne du passage qui conduit à la vie (la naissance) ou qui mène aux enfers (la mort). Son sexe et son ventre sont des métaphores du monde souterrain, séjour des morts mais également lieu de gestation et de fertilité. Elle est alternativement Perséphone, la gardienne des enfers, et Déméter, la déesse des moissons. Elle est donc l'intermédiaire obligée entre le monde d’en bas (ici-bas) et le monde d'en haut, entre l'intérieur et l'extérieur. [...]
 
La sorcière de toutes les traditions, prêtresse de Satan, apparaît ainsi comme une émanation de Lilith, le diable femelle. En effet, les sabbats, rituels démoniaques et autres pactes sataniques, tels qu'ils nous sont rapportés par les textes ou l'imagerie populaire, mettent presque exclusivement en scène des femmes. [...]
Mais pourquoi les femmes succombent-elles plus facilement que les hommes aux oeuvres du Malin ? Il est clair que cette préférence démoniaque touche au mystère de la sexualité et de la fécondité, évoqués plus haut dans les archétypes de Lilith et d'Eve.
Les femmes, en effet, ont le redoutable pouvoir de donner naissance. La maternité rend les femmes démiurges : elles créent des êtres de chair et de sang, grâce à une alchimie miraculeuse et secrète à laquelle les hommes ne pourront jamais prétendre.
 

Déesse-Mère
 
Ce pouvoir féminin sur la vie a, pour l'homme, quelque chose de fascinant et d'effrayant. Ce que l'on ne connaît pas fait toujours peur. Une femme enceinte ou en couches acquiert une dimension sacrée, occulte, magique. Comment ne pas relever l’équivalence entre l'acte sexuel et la sorcière à califourchon sur son balai ; entre le ventre rond d'une femme enceinte et le chaudron magique de la sorcière ; entre les cris et les souffrances de l'accouchement et les sacrifices de nouveau-nés à Satan ? Il semble bien que la "sorcière" ne soit jamais qu'un reflet angoissé de la femme devenant mère dans l'imaginaire masculin.
 
Ce reflet inversé de la maternité trouve bien sa représentation archétypale dans la sorcière. Ensorcelées, les femmes deviennent tour à tour la proie et l'alliée du démon.
"Femme est plus rusée que le diable", disait-on au XIIIe siècle.
L'Eglise catholique romaine n'a-t-elle pas longtemps enseigné que les femmes étaient des créatures démoniaques, menteuses, fourbes et tentatrices ?                                                                                   
Jusqu'au concile de Nicée (325), on leur dénia même le droit d'avoir une âme.
 

 
Lilith du haut de Notre-Dame de Paris
 
 
Aujourd'hui encore, le refus de  l’ordination des femmes au sein de l'Eglise de Rome et le célibat des prêtres sont des résurgences de cette méfiance ancienne (ancestrale ?) de la religion à l'égard des femmes. [...]
 
Même Marie-Madeleine, bien que désignée par le Christ comme « Apostola Apostolorum », sera reléguée au second plan au profit de l’Apôtre Pierre, qui ne cachait pas son hostilité vis-à-vis de la préférée de Jésus[13]. L’Eglise, devant la reconnaître parmi les « Saintes », en fera une pécheresse repentie et une ancienne possédée, pour laisser la primauté aux hommes.
 
La vérité, c’est que derrière son masque grimaçant et son rôle de femme dangereuse, la sorcière aussi a une vertu Initiatique. Magicienne de l'ombre, elle est le ferment nécessaire qui fait lever la pâte, l'oeuvre au noir du processus alchimique, le plomb qui se transmute en or. Et ses ustensiles préférés, le balai et le chaudron, sont les symboles de cette initiation. Un balai-actif qui vole dans les airs, et relie le ciel et la terre. Un chaudron-réceptacle où se concoctent en secret les philtres et les potions magiques. Et entre les deux, le conduit de la cheminée par lequel s'envole la sorcière, pour passer d'un monde à l'autre[14].
 
 
 
 
Sorcières par Goya
 
 
Au Moyen Age, ses qualités de déesse de l’amour et de la mort ont fait de Lilith une divinité très conjurée dans la magie sexuelle (l’éternel Eros-Thanatos).
De nombreuses incantations retrouvées dans de vieux ouvrages attestent de sa notoriété. Il est demeuré une invocation à Lilith, qui serait le texte délivré en 1592, par une entité inconnue, à Sir Edward Kelly, l’assistant de John Dee, celle-ci lui aurait été donnée lors d’une séance de vision astrale.

Lilith, représentant les ténèbres, l’obscurité, le noir, la Lune, est entourée du même mystère que les nombreuses Vierges Noires du Moyen Age, que Isis, Kali, Sarah la noire ou Marie l’Egyptienne. Leurs lieux de cultes étaient d’ailleurs souvent établis sur l’emplacement d’anciens sites initiatiques : nous retrouvons là, le lien qui unit les anciennes déesses de vie, de mort et de fécondité aux puissantes énergies liées aux forces telluriques, et donc à des cultes bien antérieurs au christianisme.

Sous un angle plus symbolique, ces personnages ou ces divinités sont les hiérophantes d’une science secrète. Le noir n’est-il pas la première couleur du Grand Œuvre alchimique, représentant la phase de séparation et de dissolution de la matière. Pour les alchimistes, ceci constitue une partie très délicate du Grand Œuvre : elle symbolise, entre autres, les épreuves de l’esprit se libérant des préjugés.

En fin de compte, Lilith représente en nous ces forces primaires qu’on ne maitrise pas, le pouvoir de l’Instinct, qui finalement fait peur. Adam représente pour sa part l’humain dans sa quête. Il rejette les forces instinctives parce qu’il ne les maîtrise pas, il les refoule, les renie, croyant ainsi les dompter et les contrôler.

Au bout de son expérience, l’Homme doit retrouver Lilith, représentante de l’Ombre, faire face à ses peurs, les reconnaître et les intégrer. Lilith n'est-elle pas sa vraie "moitié", celle sans laquelle il n'est pas complet ? En se réunissant à elle, il devient alors un dieu, un saint, celui qui a vaincu la peur, a vaincu le Dragon de la légende, a rencontré le Gardien du seuil, a vaincu la dualité. Il ne rejette plus les ténèbres, elles lui appartiennent, elles deviennent pour lui une « énergie », une source de Vie : il a retrouvé son Unité première.

 
 
Timbre-poste de Sierra Leone
 

Lilith en litterature
 
Victor Hugo dans « La Fin de Satan », fait de Lilith la fille ainée de Satan ; elle apparaît notamment dans  « le gibet », créature obscure qui surveille la tragédie du Golgotha :

« Et plus tard les soldats, contant après l’arrêt
Comment ils avaient pris Jésus de Nazareth,
Dirent qu’ils avaient vu, sur la montagne sombre,
La Fille de Satan, la grande femme d’ombre,
Cette Lilith qu’on nomme Isis au bord du Nil ».

Anatole France quant à lui, dans « La Fille de Lilith », nous conte l’histoire d’une des filles de Lilith immortelle qui voudrait que la mort vienne combler la jouissance de la vie. Voici l’image que nous en fait Marcel Schwob :

« Alors il aima Lilith, la première femme d’Adam, qui ne fut pas crée de l’homme.
Elle fut faite de terre rouge, comme Eve, mais de matière inhumaine ;
Elle avait été semblable au serpent,
Et ce fut elle qui tenta le serpent pour tenter les autres… ».
 
Terminons par une vue plus poétique de Lilith : c’est celle des « Contes drolatiques » de Honoré de Balzac (Garnier, 1880).
 
Viens-tu du ciel profond ou sors-tu de l’abîme,
O Beauté ? Ton regard, infernal et divin,
Verse confusément le bienfait et le crime,
Et l’on peut pour cela te comparer au vin.

Tu contiens dans ton œil le couchant et l’aurore,
Tu répands des parfums comme un soir orageux ;
Tes baisers sont un philtre et ta bouche une amphore
Qui font le héros lâche et l’enfant courageux,

Sors-tu du gouffre noir ou descends-tu des astres ?
Le Destin charmé suit tes jupons comme un chien ;
Tu sèmes au hasard la joie et les désastres,
Et tu gouvernes tout et ne réponds de rien.

Tu marches sur des morts, Beauté, dont tu te moques ;
De tes bijoux, l’Horreur n’est pas le moins charmant ;
Et, le Meurtre, parmi tes plus chères breloques,
Sur ton ventre orgueilleux danse amoureusement.

L’éphémère ébloui vole vers toi, chandelle,
Crépite, flambe et dit : Bénissons ce flambeau !
L’amoureux pantelant incliné sur sa belle
A l’air d’un moribond caressant son tombeau.

Que tu viennes du ciel ou de l’enfer, qu’importe,
O Beauté ! monstre énorme, effrayant, ingénu !
Si ton œil, ton sourire, ton pied, m’ouvrent la porte
D’un Infini que j’aime et n’ai jamais connu ?

De Satan ou de Dieu, qu’importe ? Ange ou Sirène,
Qu’importe, si tu rends, - fée au yeux de velours,
Rythme, parfum, lueur, ô mon unique reine ! –
L’univers moins hideux et les instants moins lourds ?
 
*
*          *
 
 
 
 
Bibliographie :
Jacques Bril – Lilith ou la Mère Obscure – Payot, 1981.
James Georges FRAZER – Le Rameau d’Or – Robert Laffont, 1981.
Colloque de Cerisy – Le Diable – Dervy , 1998.
Joëlle De Gravelaine – Le Retour de Lilith, la Lune Noire
Victor Hugo – La Fin de Satan – Hetzel, 1886.
Arthur Machen – Le Grand Dieu Pan – Crès, 1918.
Mircéa Eliade – Traité d’Histoire des Religions –Payot, 1970.
Mircéa Eliade – Aspects du Mythe – Gallimard, 1963.
Mircéa Eliade – Histoire des Croyances et des Idées Religieuses – Payot – 1978.
Alexandre Haggerty Krappe – Mythologie Universelle – Payot, 1930.
Hervé Rousseau – Le Dieu du Mal – Presses Universitaires de France, « Mythes et Religion », 1963.
G.C. Scholem – Les Origines de la Kabbale – Payot – 1972.
Michèle Bitton, Catherine Halpern – Lilith, l’épouse de Satan – Larousse, 2010
Marija Gimbutas, Dieux et déesses de l'Europe préhistorique (The Goddesses and Gods of Old Europe, 1974); Le langage de la déesse (1989), et La Civilisation de la déesse (The Civilisation of the Goddess, 1991).
Pascale Auraix-Jonchière, Lilith, avatars et métamorphoses d'un mythe entre Romantisme et décadence, Presses Universitaires Blaise Pascal, 2002


[1] Sayce (1887), Fosse (1902).
[2] Traduit par Samuel Noah Kramer; voir Oriental Studies [1963] et L'histoire commence à Sumer, pp. 280 et suivantes
[3] Mireille Dottin-Orsini. « Lilith » in Pierre Brunel dir., Dictionnaire des mythes féminins. Éditions du Rocher, Paris, 2002
[4] Marija Gimbutas, née en 1921 à Vilnius et morte en 1994 à Los Angeles, est une archéologue et préhistorienne américaine d'origine lituanienne. Elle a révélé au monde l’existence d’une civilisation pré-indo-européenne dénommée « culture préhistorique de la déesse », ayant existé à partir du Paléolithique et perduré plus de 25 000 ans.
 
[5] Cfr la légende des Amazones.
[6] La stèle de Mérenptah, appelée aussi stèle d'Israël, fut découverte en 1896 par Flinders Petrie dans le temple funéraire du pharaon Mérenptah, dans la région thébaine. La mention d'Israël s’y trouve, dans une liste des peuples de Canaan vaincus par Mérenptah. Certains pensent qu’il serait le pharaon de l’Exode.
[7] Au Moyen Age, les Églises issues du Christianisme n’ont jamais toléré une autre position que celle dite du missionnaire pour la même raison, concevant la femme comme démoniaque dans sa chair.
[8] On notera que Dieu envoie des anges de la « médecine ». On verra dans le Nouveau Testament que Jésus chasse les démons des personnes malades car, pour les Hébreux,  les maladies étaient considérées comme l’œuvre du démon.
 
[9] On retrouve ici l’interdit de la religion juive qui considère que l’homme est dans le péché et est impur s’il a été souillé par du sang menstruel.
[10] Belial est un démon cité dans la Bible et régnant sur l'Orient. Pour les chrétiens, Bélial illustrait les cultes de l'Antiquité.
[11] Le « Testament de Salomon », ouvrage grec du IIIe siècle de notre ère, dérivé probablement d’un écrit ésotérique judéo-hellénique, en parle,
[12] Les empereurs Théodose, pour l’Empire d'Orient et Gratien, pour l’Empire d'Occident, tous deux chrétiens, élèvent le christianisme au rang de seule religion officielle et obligatoire par l’Édit du 28 février 380, dit l'édit de Thessalonique.
[13] Evangile de Marie, présentation Jean-Yves Leloup, Albin Michel, 1997.
[14] Edouard Brasey, Sorcières et Démons.
 
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