MIRANDUM

 
 
L’Homme moderne



Première Partie : déclin et reconstruction

 
Introduction : la Démocratie
 

Comme chacun sait, la Démocratie, du grec δ?μος / dêmos, « peuple » et κρ?τος / krátos, « pouvoir », est née en Grèce, à Athènes, aux environs du Vème siècle av. J.C.
 
Selon la célèbre formule d'Abraham Lincoln, la démocratie est « le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple ». Cette définition est d’ailleurs reprise dans la Constitution de 1958 de la Cinquième République française et est proche du sens étymologique du mot.

 Alexis de Tocqueville en fait même une forme de société ayant pour valeur la liberté et l'égalité, s'attachant plus ainsi aux dimensions culturelles de la démocratie qu'au système politique en lui-même.

Ce n’est pourtant qu’à partir de la moitié du XXe siècle qu’elle se généralise en Europe de l’Ouest, preuve qu’elle n’est pas aussi « naturelle » que certains le pensent ou le prétendent.

Nous pouvons donc considérer que nous connaissons enfin une période où, en Europe occidentale en tout cas, règne une certaine liberté individuelle tant dans nos actes que dans nos pensées et dans leur expression, pour autant qu’ils ne portent pas préjudice à autrui. Cela peut paraître élémentaire, et pourtant, même ce dernier point (porter préjudice à autrui) fait débat, comme nous le verrons plus loin. Donc, ne nous réjouissons pas trop vite !

 
Chapitre 1 : la Liberté
 

La Liberté est un concept que tout le monde réclame, voire exige, mais dont peu de personnes jouissent réellement sur la planète.
 

La liberté
 
On pourrait croire que la Révolution de 1789, avec sa devise de « liberté, égalité, fraternité » et la création de la 1ère République française, va permettre à ces beaux principes de se répandre dans le monde. Il y a bien le traité de Paris, qui consacra, en 1783, l’indépendance des Etats-Unis d’Amérique, avec l’aide de troupes françaises commandées par Lafayette et la participation de libéraux européens.

Mais la France connaîtra encore des années sombres et vivra les massacres de la Terreur, organisés par Robespierre, avant de respirer un peu. L’avènement de Napoléon, heureux à ses débuts, se transformera en tragédie causant des centaines de milliers de morts dans toute l’Europe, avant que Waterloo ne mette un point final aux guerres meurtrières du général devenu empereur.

En réalité, après 1789, la France va connaître sept régimes politiques en 80 ans : trois monarchies constitutionnelles, deux républiques et deux empires, avant que ne s’installe un régime républicain qui subsiste encore de nos jours. Les hommes sont pressés, mais l’Histoire ne l’est pas.

Je ne détaillerai pas les événements qui se sont produits dans les autres pays occidentaux et j’en viendrai directement à cette constatation : la liberté est fragile et est plus un espoir ténu qu’un acquis ; elle règne depuis un certain temps en Europe occidentale, malgré l’intermède cruel de deux guerres dites « mondiales » qui ont fait des millions de victimes.
En effet, deux cas tragiques ont fait perdre tout espoir de « liberté chérie » à des millions d’européens :
  • Staline et le communisme sanglant d’URSS ;
  • Hitler et le fascisme en Allemagne, en Italie et en Espagne.
  • Sans compter le drame de l’ex-Yougoslavie.
  •  
    Et l’égalité, me direz-vous ?
    Des petits progrès sont constatés tels que :
  • Le droit de vote pour les femmes ;
  • L’apparition de droits sociaux pour les travailleurs.
  • Et quelques autres.
  •  
    C’est mieux que rien, mais on est encore loin d’une égalité réelle, car le fossé entre riches et pauvres n’arrête pas de se creuser depuis la fin de la seconde guerre mondiale.
     

    Chapitre 2 : l’Information

    Un élément clef dans le domaine de la liberté est le droit à l’information.

     





     
     
     
     
     








    Pendant des siècles l’information est restée entre les mains jalouses du pouvoir : pouvoir du Roi et pouvoir de l’Eglise, tous deux de droit divin (enfin presque, car il y a eu quelques ratés).

    Il faudra attendre le milieu du xixe siècle, pour que la presse, au sens moderne du terme, fasse son apparition, grâce en partie à la Révolution industrielle et aussi au développement de l'instruction, car quand la majorité de la population est illettrée, la presse dite « écrite » a une audience assez limitée. Pourtant l’imprimerie a été inventée au XVe siècle et aurait pu s’épanouir au XVIIIe siècle, mais la Révolution française ainsi que les régimes qui ont suivi, ont pris des mesures politiques strictes pour limiter la liberté de la presse d’opinion.

    Depuis la fin du XXe siècle, la presse écrite est largement supplantée par la radio, la télévision et, de plus en plus, par Internet.

    Cette fois, l’information est libre me direz-vous, surtout depuis Internet !?

    Certes, il n’y a plus de censure directe. Mais avec l’apparition du « politiquement correct », il convient de nuancer les choses. Je reprends ici à Wikipedia une définition que je ne pourrais mieux donner moi-même :

              Le politiquement correct désigne, principalement pour la dénoncer, une attitude véhiculée par les politiques et les médias, qui consiste à adoucir
              excessivement ou changer des formulations qui pourraient heurter un public catégoriel, en particulier en matière d'ethnies, de cultures, de religions,
              de sexes, d'infirmités, de classes sociales ou de préférences sexuelles.


              Les locutions et mots considérés comme offensants ou péjoratifs sont remplacés par d'autres considérés comme neutres et non offensants.
              Le langage politiquement correct utilise abondamment l'euphémisme, les périphrases, les circonlocutions, voire les créations de mots et locutions nouvelles.

             
              Cette expression est apparue vers la fin du xxe siècle pour qualifier la rectitude politique, c'est-à-dire la façon acceptable de s’exprimer actuellement.
              Le qualificatif est utilisé soit pour promouvoir cette rectitude politique, soit pour la tourner en dérision.


              Si la promotion de pratiques qualifiées aujourd'hui de politiquement correctes  est certainement ancienne, la nouveauté du concept est de désigner
              explicitement ce contrôle, de le revendiquer comme légitime, et même d'intégrer en son sein une pseudo-contestation ; toute contestation réelle
              étant immédiatement écartée.[1]

     
    On le voit, ce politiquement correct est largement hypocrite et manipulateur. Il permet au pouvoir, par média interposés, de promouvoir ses idées et de freiner ce qui, à ses yeux, ne va pas dans le sens de ses objectifs (avoués ou occultes), voire de ses dogmes.

    Pour ses détracteurs, le politiquement correct met ainsi en place un carcan intellectuel que toute expression d'une opinion doit accepter, imposant en fin de compte d'adopter un ensemble d'idées. Et ces idées vont souvent dans le sens opposé à celui proclamé[2].

    Ainsi, le journaliste Éric Zemmour développe l'idée que le refus d'utiliser un langage politiquement correct est criminalisé et condamne la « logique inquisitoriale » qui serait celle des associations anti-racistes[3].

    C’est ainsi qu’aujourd’hui, tout qui ne se sent pas coupable et honteux des « abominations » de la colonisation, est un infâme raciste. On en arrive ainsi à créer un sentiment « anti chrétien blanc », alors que beaucoup d’élites africaines noires reconnaissent que la situation politique, économique, sanitaire et éducative était meilleure dans leur pays du temps de la colonisation (sans pour autant vouloir en revenir à celle-ci, bien entendu !). Le drame est que le public subit ce matraquage et que peu de gens se posent la question : à qui profite ce racisme « anti-chrétien-blanc ».

    Comment en est-on arrivé là ?

    [1] Wikipédia, l’Encyclopédie libre.
    [2] Jacques Barzun : "Political correctness does not legislate tolerance; it only organizes hatred"
    [3]  Zemmour  refuse de "se coucher devant le politiquement correct" , L’Humanite.fr, 11 janvier 2011

     
    Chapitre 3 : la nature a horreur du vide





    La rupture dans les traditions (transplantation des populations rurales vers les villes), dans le travail (séparation entre l’œuvre et le travail), dans la pensée (celui qui conçoit n’a plus de lien avec celui qui exécute) et dans l’éducation (on n’apprend plus à penser, on apprend une technique) a créé un déséquilibre chez l’homme moderne.
    Ce nouvel homme, plus évolué en apparence, est en réalité plus pauvre, car il souffre de traits caractériels défavorables :
  • La solitude : l’homme moderne est responsable de lui-même et n’est plus dominé par des valeurs qui le dépassent. Bien que largement entouré, il se sent seul physiquement et moralement, comme perdu dans la ville. Il sent un manque en lui et éprouve une insatisfaction dans sa vie. Le progrès technique ou social le laisse vide et insatisfait.
  •  
  • La tendance à l’imitation : il cherche le rassemblement physique (match de football, concert, manifestation publique), mais reste dans un état psychologique de masse après dispersion.
  •  
  • La suggestibilité : sa conscience subit un affaissement qui le rend sensible aux excitations extérieures (slogans politiques, idées véhiculées par les médias, concepts erronés parce que non vérifiés véhiculés par Internet).
  •  
  • La substitution du perceptuel au conceptuel : l’image l’emporte sur la pensée ; de plus l’image suggère sans que le conscient ne remplisse toujours son rôle de filtre ; l’effort de pensée propre cède la place à la pensée toute faite ou suggérée, nettement plus confortable.
  •  
  • Le besoin de personnalité : le vide intérieur et l’insatisfaction vont pousser l’homme moderne à demander à un groupe (syndicat, groupe philosophique ou religieux) de lui donner de l’extérieur une personnalité qu’il n’a pas ou plus.
  •  
  • Ces cinq caractéristiques vont le mettre à la merci de groupes, considérés par lui comme créateurs de valeurs, auxquels il va aisément s’identifier, et peut-être même va-t-il s’identifier à leurs chefs.

    La seule riposte valable est que la société offre des valeurs supérieures à celles de ceux qui l’attaquent et obtienne de ses membres leur adhésion à ces valeurs[1]. Or on constate aujourd’hui en Europe qu’une frange de la population est réfractaire aux valeurs traditionnelles offertes par la société occidentale.

    Des écoles se sont bien sûr penchées sur ce problème.

    L’école soviétique s’est attaquée à la persuasion du citoyen lambda en agissant sur ses instincts fondamentaux et en se basant sur les réflexes conditionnés de Pavlov. Ainsi, les instincts sexuels ou maternels, les instincts de combat ou de nourriture, voient leur mécanisme déclenché par un mot ou un signal, qui agit sur l’inconscient de l’individu. Cette technique a toutefois perdu de son efficacité depuis la chute du communisme.

    L’école américaine (et européenne à sa suite) est davantage influencée par les travaux sur l’inconscient collectif de Young. Elle pense que, grâce aux archétypes, il est possible de déclencher, de l’extérieur, le mécanisme de l’inconscient des individus et de le faire réagir sur le conscient qui commande l’action. Parmi les données relatives à l’inconscient, celles qui concernent l’univers sacré sont parmi les plus fortes.

    Ainsi, le groupe, ou même l’Etat, qui veut avoir un pouvoir sur les individus, peut s’appuyer sur quatre éléments principaux :
  • La communion sacrificielle : c’est un besoin qui peut être télécommandé et qui explique le fanatisme avec lequel des individus peuvent commettre des attentats ou des massacres de civils innocents.
  •  
  • Les valeurs sacrées : le vide créé par la déchristianisation de l’Occident est un problème, car il appelle une nouvelle sacralisation sur base de valeurs séduisantes bien qu’artificielles. Le cas de l’islamisme va dans le même sens, puisqu’il donne un sens sacré à des fanatiques dont la vie était vide et dépourvue de sens.
  •  
  • La terreur : elle déclenche le plus souvent un réflexe de fuite ou de paralysie, et est surtout efficace après une apparente accalmie. Le but évident du terrorisme est plus de créer la peur que de remporter une bataille quelconque.
  •  
  • L’ennemi : l’ennemi est le responsable de la terreur, il devient même l’incarnation du mal. Cette notion est capitale car, contrairement à la terreur, elle est très difficile à extirper ou à retourner. La focalisation sur l’ennemi fait disparaître le plan des réalités car il devient un bouc émissaire. Si le groupe ou l’Etat commet des erreurs, elles sont fatalement dues à des complots qui nécessitent des purges. Les exemples historiques récents sont nombreux.
  •  
  • Le mystère : c’est un effet induit de la sacralisation ; il est facilité par le passage du perceptuel au conceptuel. L’individu mis dans le secret est valorisé sans avoir besoin d’éléments objectifs, le leader est admiré sans avoir justifié sa valeur par ses actes, le but réel ne doit plus être expliqué puisqu’il est secret et doit le rester ![2]
  •  
  • Comme on le voit, si le monde actuel est en mauvaise posture, c’est essentiellement par manque d’âme. Ce n’est pas la religion, quelle qu’elle soit, qui fait défaut, c’est l’absence de spiritualité et de sens donné à la vie.
    Le matérialisme et le goût effréné de l’argent facile ont gommé les valeurs essentielles de l’Occident qui se retrouve comme les Romains décadents à Capoue : dans un confort matériel béat vide de sens et menacés par des barbares qui convoitent ses acquis.

    Mais pour retrouver ses valeurs et son héritage, l’Occident doit d’abord reconstruire ses individus. Aucun Etat, aucune Organisation, ne peut survivre si les individus qui le ou la composent sont désabusés, déprimés et incapables de donner une signification à leur existence.
     
    [1]  Ce passage est le résumé du chapitre 1 de la conférence donnée à Paris en 1961 par le Professeur Bonnemaison.
    [2]  Ce passage est un bref résumé du chapitre 2 de la conférence donnée à Paris en 1961 par le Professeur Bonnemaison.

     
    Chapitre 4 : le besoin spirituel




    Pierre Teilhard de Chardin disait, avec son sens de la synthèse :

              « Nous ne sommes pas des êtres humains ayant une expérience spirituelle,
              nous sommes des êtres spirituels vivant une expérience humaine.»


    Le corollaire est évidemment que, si cette expérience humaine se coupe de l’accès à la nourriture spirituelle, il en résultera pour l’homme un mal-être profond.

    Quand on mentionne la nourriture spirituelle, beaucoup de personnes croient qu’on va leur parler de religion, de dogmes ou de sectes. Pourtant, elle désigne également la quête de sens, d'espoir ou de libération et les démarches qui s'y rattachent[1], évidemment sans exclure la religion si vous êtes croyants.

     La notion de spiritualité désigne de plus en plus, dans le monde actuel, des croyances et comportements humains universels (liées aux ou indépendants des religions historiques) dont la motivation serait liée à l'idée d'une survie après la mort physique, à une notion apparentée à celle de l'âme, en tant qu'entité cohérente et indépendante du corps[2].

     La spiritualité pourrait ainsi se révéler la mémoire intrinsèque de l’immortalité de l’âme[3]. Bref, si toute religion est fondée sur une forme de spiritualité, toute spiritualité n'est pas liée à une religion : il y aurait dans la religion une perspective collective et dans la spiritualité une démarche plus individuelle[4].

    En tant qu'expression d'une aspiration aussi ancienne que l'humanité, elle existait avant les institutions religieuses. Après plusieurs siècles d'une spiritualité presque exclusivement religieuse, l'émergence de la philosophie, le déclin de l'adhésion aux grands courants religieux et le passage à la société postmoderne ont conduit une partie des « croyants » à revendiquer à nouveau une spiritualité sans appartenance à une institution religieuse, exprimant, par exemple, une préférence pour l'humanisme (athée ou non)[5].

    C'est pourquoi la spiritualité débouche généralement sur des démarches corporelles et émotionnelles, cherchant à générer une expérience transcendante, une relation (c'est-à-dire un lien) avec Dieu, le Soi, la Conscience, l’Âme, le Monde, etc. Le but de la spiritualité est souvent une exploration profonde de l'intériorité, conduisant à l'éveil spirituel, une conversion intime, ou l'accession à un état de conscience modifié et durable[6].

    La spiritualité est une chose qui s’expérimente ; elle ne reste pas dans le mental ; elle fait appel à l’intelligence du cœur.

    Comme le disait Louis Cattiaux [7] (MR XVI, 53-53’) dans son style inimitable :

              Ils ignorent le sens caché de la parole inspirée, leurs explications morales en sont la
              preuve attristante. S’ils comprenaient, ils remonteraient à la source au lieu de se
              perdre dans des justifications oiseuses et dans des disputes imbéciles.                                                                                                                           
              « Dieu effacera les patries, les idéologies, les confessions et les sectes, car les
              croyants sont tous frères dans l’unité de l’Unique.
    »                                     
              
              Dieu nous propose l’aventure inouïe et il nous offre le lot incroyable.
              Il nous présente les clefs de la mort et de la vie et il nous indique la voie qui sauve
              du chaos de l’absurde. Mais nous nous acharnons stupidement dans la poursuite de l
              a pourriture agonisante et nous crions à l’injustice.
              Serons-nous toujours aussi imbéciles et aussi incurables ?


    Malheureusement, cette recherche de sens reste souvent l’apanage d’une classe sociale ayant accès à l’éducation, l’enseignement et la culture, ce qui n’est pas le cas de toutes les catégories de la population et certainement pas des jeunes en décrochage scolaire, des habitants des banlieues populaires ou ceux vivant dans des milieux défavorisés.
     
    [1] Claudette Foucault, Suzanne Mongeau, L’art de soigner en soins palliatifs, Presses de l’Université de Montréal, 2004 : Forbis (1988) suggère trois définitions pouvant aider à comprendre le concept de spiritualité. La première conception fait référence à la relation de l’être humain avec un être supérieur … (ou) à cette qualité de vie qui pénètre la globalité de l’être en unifiant ou transcendant les dimensions d’ordre physiologiques et psychosociales (…) Le besoin de donner et recevoir de l’amour, conserver de l’espoir, trouver un sens à la vie, à la maladie et à la mort par le moyen d’une démarche personnelle en vue de se réaliser et de s’actualiser. Ces conceptions démontrent que la spiritualité est un phénomène complexe, difficilement palpable et multidimensionnel ».
     
    [2] Telle que le  de l'Égypte antique ou la notion d’âme chez Platon.
     
    [3] Socrate, dans Le Ménon
     
    [4] Sandra Camus et Max Poulain, « La spiritualité : émergence d’une tendance dans la consommation p.3 », sur Université de Bourgogne
     
    [5] Dominique Vidal,  La France des sans-religion »  et  Luc FerryMarcel Gauchet, Le religieux après la religion, Grasset, 2004
     
    [6] Camil Ménard,Florent Villeneuve, Spiritualité contemporaine: défis culturels et théologiques, Fides, 1996
     
    [7] Écrivain et philosophe du XXe siècle, surtout connu pour son « Message Retrouvé », les Amis de Louis Cattiaux, Bruxelles, 1978, 2015.

     
    Chapitre 5 : la nécessité de reconstruire l’individu


    L’école d’Athènes
     

    Comme nous venons de le voir, certains individus en perte de repères n’ont pas accès à l’éducation, mais n’ont pas non plus  la possibilité d’entreprendre les démarches corporelles et émotionnelles qui les aideraient en ce sens. Sois dit en passant, beaucoup de gens considérés comme « favorisés » ont également été frustrés de leur côté émotionnel par leur famille et leur éducation.
     
    Le travail de reconstruction de l’individu est donc plus général qu’il n’y paraît.

    Dans les doctrines comme le soufisme, le taoïsme, l'hindouisme, le bouddhisme, l'être humain est considéré comme souffrant du déséquilibre de ses émotions, de ses fixations mentales, de ses « mémoires » et du manque d'harmonie entre les différentes composantes de l'être : l'intellect, le corps, la parole etc.
    La « guérison spirituelle » est généralement recherchée avec l'appui et l'encadrement d'un guide, dénommé lamagourou ou cheikh selon les traditions[1].

    Le psychothérapeute joue un rôle similaire en Occident. Certains en sont venus à penser que certaines pathologies pourraient ne pas trouver de résolution par l'analyse seule. Après avoir montré le rôle important de la société dans la névrose, l'analyse débouchait parfois sur des problèmes qualifiés de « spirituels ». Jung, se tourna ainsi vers l'étude de pratiques issues de religions traditionnelles afin de « guérir l'âme ». Ainsi, dans les années 1960, les travaux de Jung avec la collaboration d'Abraham Maslow, d'Assagioli entre autres, ont donné naissance à la psychologie transpersonnelle.

    En parlant de Jung, je ne peux m’empêcher de rappeler ici les travaux de Philon d’Alexandrie, philosophe et médecin du 1er siècle de notre ère, qui ne soignait pas les corps mais « prenait soin de l’être », c'est-à-dire que, pour guérir l’homme de ses maux, il s’adressait aux trois parties de l’être selon Platon : le corps, l’âme et l’esprit ![2]

    Au temps de Philon, le thérapeute prend soin du corps, il prend soin aussi des images qui habitent son âme, il prend soin des dieux et des paroles (des "logoï") que les dieux disent à son âme: c'est un psychologue.      
                                                            
    Le thérapeute veille également sur son désir afin de l'accorder à la fin qu'il s'est fixée; ce soin peut faire de lui un être heureux, « sain » et « simple » (càd non double, non divisé en lui-même), bref, un Sage.       
                                                                                      
    Le thérapeute ne guérit pas, il "prend soin"; c'est le Vivant qui soigne et qui guérit.

    Entrer chez les thérapeutes, c'était prendre soin du corps, prendre soin des dieux, prendre soin de son désir et prendre soin de l'autre. Il faut réorienter le désir, lui rendre "la mémoire bienheureuse de l'Etre", le faire revenir de l'oubli. Le commencement de l'attitude juste à l'égard du monde, n'est ni mépris, ni idolâtrie.
    Ni mépris, parce toute réalité participe à l'Unique Source ; ni idolâtrie, parce que aucune réalité n'est l'absolu.

    La guérison psychique est ainsi liée à la connaissance métaphysique. La maladie mentale, n'est-ce pas, aujourd'hui encore, la perte du Réel et l'enfermement dans une illusion du réel ?
     
     
    [1] «Le mental, les tendances, les vasanas, les samskaras redeviennent actifs et vous revoilà secoués, agités, poussés » Arnaud Desjardins dans « Le Védanta et l'inconscient » éditions de la Table Ronde.
    [2] Prendre soin de l'être : Philon et les Thérapeutes d'Alexandrie –Jean-Yves Leloup (Albin Michel) 1999. 
    Chapitre 6 : Les émotions





    Pour évoluer de façon optimale, l’être humain doit être considéré dans son ensemble. Cela semble évident, pourtant un élément essentiel de l’être humain est négligé depuis trop longtemps : je veux parler de ses émotions.

    L’émotion est une réaction psychologique et physique à une situation. Elle a d'abord une manifestation interne et génère une réaction extérieure. Elle est provoquée par la confrontation à une situation et à l'interprétation de la réalité[1].

    Les six émotions simples sont : l’amour et la haine, la joie et la tristesse, la peur et la colère.

              « Les émotions se manifestent dans notre corps par l’accélération des rythmes  
              cardiaque et respiratoire. Ce faisant, elles préparent l’organisme à l’action.
             Elles le poussent en quelque sorte à agir. Elles ont donc également une fonction
              motivationnelle. (…)
              Les émotions nous aident à prendre soin de nos besoins.[2] 
    »  
     
    Une caractéristique essentielle de l’émotion est d’avoir une fonction vitale : celle de nous permettre de réagir ou de nous adapter à un événement : enthousiasme pour entreprendre (amour, joie), réaction face à une injustice (colère), adaptation à une perte (tristesse), protection contre un danger (peur, haine).

    De plus, l’émotion est particulière et propre à chaque individu (Picard, 2003). A la base, elle est donc parfaitement adaptée à celui-ci.
    Mais si elle est contrariée ?

    Elle peut être refoulée si elle est trop forte ou trop pénible et peut disparaître du champ de la conscience, tout en restant présente quelque part dans le subconscient. Elle risque alors ressurgir à l’improviste et d’avoir des conséquences très négatives voir destructrices.

              « Depuis notre enfance, nous nous cuirassons contre les souffrances ou les blessures
              que nous avons vécues dans notre environnement familial.                                                                                
              Aujourd’hui, chaque fois que nous craignons de recevoir une    
              blessure
     émotionnelle, tel une huître, nous nous retirons dans notre coquille,
              nous dressons une véritable carapace pour empêcher "l’ennemi" de passer.

              Le problème, c’est que même l’ami ne peut plus nous y rejoindre.
              Cette coupure avec les autres entraîne une coupure avec nous-mêmes et avec la
              vie, ce qui génère beaucoup de souffrances.[3]
     »

              « Lorsqu’un individu réprime ou refoule certaines choses, alors celles-ci reviennent
              plus tard avec une violence extrême
     [et destructrice] (…)
              C’est même pour cette raison-là, thérapeutique si j’ose dire, qui faut se ressouvenir
     »
              et ressentir.[4] »
     
    Pour que nos émotions reprennent efficacement leur rôle de fonction vitale, nous devons nous réapproprier nos émotions refoulées en les rendant conscientes.
    Pour cela nous devons remonter à leurs causes originelles qui ont été gommées et qui, aujourd’hui, les relient à des événements, des personnes ou des objets, sans que nous ne puissions le justifier de façon rationnelle.

    Cela demande un travail sur soi, bien sûr, mais aussi un accompagnement.

    Pour cette raison, je vais céder la plume à un ami plus compétent que moi dans le domaine émotionnel, puisqu’il est sur le terrain où il exerce depuis plusieurs années comme coach pour des personnes en questionnement sur elles-mêmes.

    La suite donc dans une seconde partie : « la famille de cœur ».
     
    Claude Nalanda
    (octobre 2016)
     
    [1] Wikipedia – l’encyclopédie libre
     
    [2] Y.A. Thalmann, « vos émotions, amies ou ennemies » p 25   
     
    [3] Oliver Nunge, « gérer ses émotions » p 9
     
    [4] Elie Wiesel, « le Mal » p 199
     
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