MIRANDUM

 
 

 

Jean-Baptiste Willermoz

 



portrait de Jean-Baptiste Willermoz


1. Biographie

 

Jean-Baptiste Willermoz est né à  Saint-Claude dans le Jura le 10 juillet 1730. Il est l’aîné d’une famille de 13 enfants.

Très jeune il s’installe comme commerçant à Lyon où ses affaires sont florissantes.

En 1750, à 20 ans donc, il se fait initier à la Franc-Maçonnerie.

 

Mais qu’est-ce que la Franc-Maçonnerie au XVIIIème siècle.

Il est communément admis que la Franc-Maçonnerie moderne est née à Londres le 24 juin 1717. En réalité, il s’agit de la date de la fusion administrative de 4 loges londoniennes en une assemblée solennelle et de l’élection d’un Grand Maître pour la présider.

Si cette date est historique, c’est uniquement parce qu’il s’agit de la création d’une juridiction dont la souveraineté s’étendra à toutes les loges du monde et qui définit la Grande Loge d’Angleterre comme la loge-mère de toutes les autres.

En fait, on retrouve des traces de loges maçonniques partout en Europe dès le XIVème siècle.

Par exemple à Heredom, en Ecosse, où le point de départ serait la création en 1340 par des anciens Templiers d’une loge de maçons.

D’une façon générale, à l’époque des cathédrales, les loges maçonniques sont clairement issues des cellules de bâtisseurs.  Mais progressivement les loges, composées en majorité de gens de métier au départ, et dites opératives pour cette raison, vont accepter des intellectuels et se transformer en loges dites spéculatives.

L’essentiel à retenir pour notre propos est que la Franc-Maçonnerie des origines s’est toujours présentée comme une tradition « johannique », de St Jean donc, parallèle à la tradition de l’église de Pierre.

 

Or à la fin du XVIIIème siècle, la franc-maçonnerie est en crise. Beaucoup de maçons sont des intellectuels, nobles ou bourgeois, qui ont perdu le message spirituel des origines et qui fréquentent la maçonnerie comme on fréquente les salons à la mode.

C’est ici que Jean-Baptiste Willermoz va intervenir.

 

 

Sa personnalité affirmée le fait élire Vénérable Maître en 1752.

Dans les années qui suivent, il fédère les différentes loges de la région lyonnaise.

L’étape décisive sera sa rencontre en 1765 à Versailles avec Martines de Pasqually qui le reçoit dans l’Ordre des Elus Cohen.

En 1768 il est reçu Réau-Croix. Mais il a beau pratiquer avec application les opérations théurgiques martinéziennes, il ne parvient pas à en atteindre les grands secrets.

 


symbole des Elus Cohen
 

En 1771 il rencontre Louis-Claude de Saint-Martin. Celui-ci le rassure par sa philosophie faite d’équilibre et de foi qui s’écarte des manipulations théurgiques de Martines.

Il gardera surtout de Martines sa théosophie faite d’exégèse biblique de nature cabalistique telle qu’elle se retrouve dans le « traité de la réintégration des êtres ».

 


Louis-Claude de Saint-Martin
 


En 1773 Willermoz entre en contact avec la Stricte Observance Templière du baron de Hund.

Enthousiasmé par les idées et les rites qu’il y rencontre, il décide de réformer la maçonnerie française qui s’est éloignée de ses origines spirituelles et fonde avec un groupe de maçons le Régime Ecossais Rectifié, la rectification consistant en un retour à l’idéal spirituel des origines.

Il va développer un travail intense qui aboutira au Grand Convent des Gaules en 1778, et surtout au Convent de Wilhelmsbad en 1782. Il y recevra l’appui du duc Ferdinand de Brunswick, Grand Maître de la Stricte Observance, et du prince Charles de Hesse-Cassel, un de ses dignitaires, tous deux épris de mysticisme et d’occultisme comme lui.

Willermoz rédigera lui-même les rituels, les règles et les discours du nouveau rite dont l’inspiration templière est reprise à la Stricte Observance.

 

le Baron de Hund
 

Notons aussi que dans les premières années de la révolution, Willermoz entretint des contacts avec le chef des Illuminés d’Avignon, dom Pernety.

En 1791 on le retrouve acquis à certaines idées nouvelles et il devient administrateur des hôpitaux. Mais ne nous y trompons pas : si par philosophie il est plutôt libéral, donc jacobin d’étiquette, il est avant tout chrétien et opposé à toute violence, que ce soit contre les hommes ou contre les institutions.

En 1796 il se marie à l’âge de 65 ans avec une jeune femme de 24 ans.

Il est confirmé comme administrateur des hôpitaux par le Consulat et vivra une vieillesse active et heureuse.

Il  décède en 1824 à l’âge de 94 ans.

 

 

2. Le RER

 

L’unité de sa vocation, l’application au travail, le désintéressement et la sincérité de sa démarche font de Willermoz une des personnalités maçonniques les plus remarquables de son temps. Sa vision de la maçonnerie est liée à une conception spiritualiste de la vie humaine.

Elle n’exclut pas l’alchimie puisque Willermoz distinguait parmi les maçons, hormis ceux qui s’intéressent à la fabrication de la Pierre Philosophale ou de la Panacée :

 

« ceux qui professaient qu’on enseigne aux vrais maçons l’art unique ou la science du Grand Œuvre par excellence, par laquelle l’homme acquiert la sagesse, opère en lui-même le vrai christianisme pratiqué dans les premiers siècles de l’ère chrétienne et régénère corporellement en renaissant par l’eau et par l’esprit (Jean I, 12-13 et Jean III, 3-8) ».

 

Au niveau purement maçonnique, Willermoz dépasse l’attention générale aux outils maçonniques et au plan du Temple pour porter l’intérêt au-delà du Voile du Temple.

Ainsi, si elle s’appuie sur les grades dits « bleus » de la maçonnerie traditionnelle (Apprenti, Compagnon, Maître), la maçonnerie rectifiée ne dévoile tout son sens qu’au 4ème grade de Maître Ecossais de Saint André où l’on découvre son aspect christique.

L’Ordre Intérieur qui lui succède n’est composé que de deux grades : Ecuyer Novice, qui est un grade probatoire, et Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte, qui est le point culminant de la démarche.

Il s’agit d’une chevalerie christique dont le but est la réintégration de l’homme déchu au plan divin. Les rituels s’adressent clairement à des mystiques chrétiens. Les allusions aux Maîtres Passés et aux Supérieurs Inconnus, chers au courant Rose+Croix, y sont présentes.

 

Sur un plan symbolique, les initiés sont invités à participer à la construction des temples successifs dont le dernier, la Jérusalem céleste, n’est pas construit de main d’homme.



La Cité Sainte
 


On y rencontre également le phénix renaissant de ses cendres, qui représente la renaissance des êtres, et le pélican nourrissant ses petits de son sang, qui représente le Christ Rédempteur.



Le rite tout entier est imprégné aussi bien de la pensée profonde et de la théosophie de Martines de Pasqually que de l’approche cardiaque de Louis Claude de Saint Martin.

Ainsi, dès les grades bleus, l’accent est mis sur le cœur, compris comme l’organe qui permet l’accès à la connaissance du sacré, et sur la primauté de l’intelligence du cœur sur la raison raisonnante.

L’apport maçonnique des trois premiers grades s’efface donc par la suite pour mettre l’accent sur un mysticisme purement chrétien, raison pour laquelle beaucoup d’auteurs classent les CBCS parmi les Martinistes.

 

La maçonnerie chrétienne du RER est toujours pratiquée de nos jours, principalement dans les pays de langue française : France, Belgique, Suisse et Canada.

A l’époque de Willermoz la maçonnerie rectifiée était essentiellement masculine, bien que Willermoz ait initié des femmes. Déjà en 1778 il avait été proposé de « s’occuper de la Maçonnerie d’Adoption, qui ne serait que le rétablissement de l’ancienne chevalerie », preuve que le Chevalier sans sa Dame n’était pas un Chevalier accompli. Depuis les années 1980, des loges mixtes existent dans les pays précités, malgré les combats d’arrière-garde de  quelques « vieux paletots ».

 

Willermoz avait également institué les deux grades secrets de Profès et de Grand Profès, qui continuaient l’instruction des CBCS. Dans les cahiers d’instruction de ces deux grades, Willermoz y explique en détail ses intentions lors de la rédaction des rituels du RER.

C’est là leur principal intérêt puisque ces grades ne sont plus pratiqués de nos jours que de façon marginale.

Pour ceux qui veulent en savoir plus, les archives comprenant les originaux des rituels, les documents des convents et une correspondance importante sont conservés dans plusieurs bibliothèques, dont celle de Lyon, et sont accessibles au public.

 

 

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