MIRANDUM

 
 


Marie-Madeleine et la Tradition

 



Marie Madeleine par van der Weyden


Marie Madeleine est une Sainte très importante du Christianisme et pourtant elle est méconnue, dans le sens premier du terme, c'est-à-dire qu’elle n’est pas appréciée selon ses mérites. Essayons donc de découvrir ensemble qui elle était vraiment.

 

Selon le Nouveau Testament

Dans le Nouveau Testament, Marie de Magdala, (Marie Madeleine en français), est une disciple de Jésus de Nazareth. Actuellement, elle est identifiée par l'Eglise catholique romaine à Marie de Béthanie, tandis que l'Église orthodoxe et les Eglises protestantes distinguent Marie de Béthanie et Marie de Magdala.

Le nom « Marie » vient de l'hébreu miryam, maryam  dont une des significations est « princesse » et a été rapproché entre autres  de l'égyptien ancien mrit, merit, « aimée ». 

En français, Marie se trouve être lanagramme du verbe « aimer ».

En fait, le Nouveau Testament parle de trois personnages quon assimile souvent aujourd’hui à Marie Madeleine : Marie de Béthanie, sœur de Marthe et de Lazare le « ressuscité », Marie de Magdala, une femme aisée originaire de Magdala, et une « pécheresse » dont seul Luc parle.

 


1.             Marie de Béthanie

Marie de Béthanie a un rôle particulier et essentiel, car c’est elle qui donne l « onction » à Jésus. Or  le Christ (Christos, en grec) est l « Oint », tout comme Messiah, en hébreu, signifie également « oint ».

« Tandis que Jésus se trouvait à Béthanie dans la maison de Simon le lépreux, s’avança vers lui une femme, avec un flacon de parfum d’un prix élevé, et elle le versa sur sa tête alors qu’il était à table. » (Matthieu 26, 6)





l'onction sur la tête de Jésus

« On lui fit donc là un diner, et Marthe servait, et Lazare était l’un de ceux qui étaient à table avec lui. Marie[1] donc, prenant une livre de parfum de vrai nard d’un grand prix, oignit les pieds de Jésus et lui essuya les pieds avec ses cheveux ; et la maison fut remplie d’une odeur de parfum. » (Jean 12, 2-3)



Marie de Béthanie oint les pieds de Jésus

 

2.             Marie de Magdala

Selon l’Évangile de Luc, Marie de Magdala logea et assista matériellement Jésus et ses disciples durant sa prédication en Galilée. Il est même précisé qu’elle avait été antérieurement soignée par Jésus:                            

« Les douze l’accompagnaient ainsi que quelques femmes qui avaient été guéries de maladies et délivrées d’esprits mauvais: Marie, appelée Magdaléenne, de laquelle avaient été chassé sept démons[2] [...] et beaucoup d’autres, qui les assistaient de leurs biens. » (Luc 8, 2)

Pas de doutes : pour Luc, Marie de Magdala est celle dont Jésus a chassé 7 démons et depuis elle le suivait partout et l’assistait de ses biens, c’est-à-dire qu’elle finançait les déplacements de Jésus et de ses disciples.

Marie de Magdala est d’autant plus essentielle comme personnage quelle assiste à la mort du Christ sur la croix et qu’elle est le premier témoin de la résurrection.  

« Il y avait là beaucoup de femmes qui de loin regardaient, celles-là même qui avaient suivi Jésus depuis la Galilée, pour le servir ; parmi lesquelles étaient Marie de Magdala, et Marie mère de Jacques et de Joseph[3], et la mère des fils de Zébédée[4]. » (Matthieu 27, 55-56)

« Près de la croix de Jésus se tenait sa mère et la soeur de sa mère, Marie, femme de Clopas, et Marie de Magdala. » (Jean 19, 25)

 « Il y avait aussi des femmes qui regardaient de loin, parmi lesquelles Marie de Magdala, et Marie mère de Jacques le Mineur et de Joset, et Marie Salomé, qui le suivaient et le servaient lorsqu’il était en Galilée… » (Marc 15, 40)

« Après le sabbat, comme le premier jour de la semaine commençait à luire, Marie de Magdala et l’autre Marie vinrent regarder le sépulcre. »      (Matthieu 28, 1)

 « Marie de Magdala et Marie mère de Joset, regardaient où il était mis. » (Marc 15, 47)

« Et le sabbat passé, Marie de Magdala, et Marie mère de Jacques, et Marie Salomé achetèrent des aromates pour venir l’embaumer. » (Marc 16, 1)

« Ressuscité le matin, le premier jour de la semaine, il apparut d’abord à Marie de Magdala, dont il avait chassé sept démons. » (Marc 16, 9)

Pour Matthieu, Marc et Jean, c’est Marie de Magdala le témoin de la mort de Jésus : cela ne fait aucun doute. Sa présence est d’autant plus importante que, à part Jean, tous les Apôtres ont fui et se cachent, par peur des romains. Son rôle de témoin est donc primordial.



Marie-Madeleine au pied de la croix

      Ensuite, pour Marc, il est évident que c’est à Marie de Magdala que le Christ    
      ressuscité apparaît en premier, et il précise que c’est d’elle que Jésus avait chassé 7
      démons. Luc et Marc sont d’accord sur ce point.


3.             La pécheresse

Luc donne un complément d’information : la femme de l’onction à Béthanie est la « pécheresse », mais il ne la nomme pas :          

            « Et voici une femme, qui dans la ville était une pécheresse.
           Ayant appris qu'il était à table dans la maison du Pharisien, elle avait 
           apporté un vase de parfum.

Et se plaçant par derrière, à ses pieds, tout en pleurs, elle se mit à lui arroser les pieds de ses larmes; et elle les essuyait avec ses cheveux, les couvrait de baisers et les oignait de parfum. » (Luc 7, 37-38)

Par contre pour Jean, ce n’est pas une inconnue qui pratique l’onction, c’est clairement Marie de Béthanie qui oint de parfum le Seigneur :

« Il y avait un malade, Lazare, de Béthanie, le village de Marie et de Marthe, sa soeur. C’est cette Marie qui oignit le Seigneur de parfum et lui essuya les pieds avec ses cheveux et c'est son frère Lazare qui était malade. »                (Jean 11, 1-2)

 

Marie de Béthanie oint les pieds de Jésus

           
             Attention toutefois de pas confondre la pécheresse (Luc 7, 37-38) et la femme 
             adultère (Jean 8, 1-11) : ces deux histoires ne concernent pas les mêmes personnes et
             leurs significations sont très différentes.

Jésus chez Marthe et Marie de Béthanie

 


             Marie Madeleine témoin de la mort et de la résurrection de Jésus.

             Venons-en maintenant Marie de Magdala, témoin de la résurrection, selon Luc :

« Et le premier jour de la semaine, à la pointe de l’aurore, elles vinrent à la tombe en apportant les aromates qu’elles avaient préparées. … Et en s’en retournant du tombeau, elles annoncèrent tout cela aux Onze et à tous les autres. C’étaient Marie de Magdala, et Jeanne, et Marie, mère de Jacques. Les autres femmes qui étaient avec elles le dirent aussi aux Apôtres, mais ces propos leur semblèrent du radotage, et ils refusèrent de les croirePierre partit et courut au tombeau. Et, se penchant, il ne voit que des bandelettes. Et il s’en alla chez lui, s’étonnant de ce qui était arrivé» (Luc 24, 1-2 et 9-12)

            Le Christ ressuscité apparait donc en premier à Marie Madeleine. Pierre, qui 
            est dit  le premier des Apôtres, n’est pas présent et quand plus tard il arrive en  
            courant, il ne trouve que des bandelettes ! Serait-ce parce qu’il a renié le Christ par 
            trois fois ?

           Voyon la version de la résurrection selon Jean :

« Le premier jour de la semaine, Marie de Magdala vient au tombeau le matin, alors qu’il faisait encore sombre, et elle aperçoit la pierre enlevée du tombeau. » (Jean 20, 1)

            Elle court avertir Pierre et Jean. Ils arrivent en courant : Jean confirme la version de  
            Luc. Ils ne trouvent à l’intérieur que des bandelettes et retournent chez eux. Jean nous
           décrit ensuite de façon détaillée le véritable événement :

                        « Marie se tenait près du tombeau, dehors, tout en pleurs. » (Jean 20, 11)





"Noli me tangere" par le Corrège

 

            Jean nous fait donc comprendre que, en dehors de la mère de Jésus, c’est 
            Marie Madeleine qui est la plus affectée par la mort et la disparition du corps
            de Jésus:

« Ayant dit cela, elle se retourna en arrière ; et elle voit Jésus qui se tenait là ; mais elle ne savait pas que c’était Jésus. Jésus lui dit : « Femme, pourquoi pleures-tu ? Qui cherches-tu ? » Elle, pensant que c’était le jardinier, lui dit : « Seigneur, si c’est toi qui l’as emporté, dis-moi où tu l’as mis, et moi je l’enlèverai. » 
Jésus lui dit : « Marie ![5] »
Se retournant, elle lui dit en hébreu : « Rabbouni ! »
(en français : Maître !) 
Jésus dit : « Cesse de me toucher, car je ne suis pas encore monté vers le Père ; mais va-t-en vers mes frères et dis-leur : Je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu. »
Vient Marie la Magdaléenne, qui annonce aux disciples :
« J’ai vu le Seigneur, et voilà ce qu’il m’a dit. 
»                  
(Jean 20, 14-18)

          D’abord elle ne le reconnait pas, puis vient le cri du coeur ! 
                                              
         Voici le commentaire de la Bible d’Osty : « noli me tangere » (ne me touche pas,      
         cesse de me toucher), tu as mieux à faire qu’à me prodiguer les marques d’une 
         religieuse tendresse, et moi qu’à les recevoir. Je dois monter vers mon Père pour
         envoyer l’Esprit aux disciples, et toi tu dois leur annoncer la bonne nouvelle.

         

Noli me tangere (Alexandre Ivanov)


         Ceux qui ne sont pas tenus, comme les membres du clergé, à une prudente réserve,
         sont fondés à penser qu’il y a de la part de Marie Madeleine plus qu’une « religieuse 
         tendresse » dans son cri du cœur !
On notera aussi que Jésus était là dès le début de 
         la scène, Marie Madeleine aussi, mais Jésus semble attendre que Pierre et Jean soient
         partis pour se manifester.


4.     
La fusion

       La fusion des trois personnages en un, Marie de Magdala, dite Marie Madeleine en  
       français, est elle uniquement due aux récits des Evangélistes ?

       Non : nous savons que l’identité de Marie la Magdaléenne, comme étant Marie de
       Béthanie et "la  pécheresse", date d’un sermon que le Pape Grégoire 1er (Grégoire 
       le Grand) prononça en l’an 591, où il parla en ces termes:     
       
                 
"Elle, laquelle Luc appelle la femme pécheresse, laquelle Joseph   
                 appelle Marie de Béthanie, nous croyons que c’est Marie, de qui sept démons 
                 furent chassés selon Marc"
. [6]

      Il est sans doute bon d’apporter ici deux précisions importantes :                         

  • D’abord,  le terme "beulah" en araméen signifie à la fois "femme" et "possédée" et  la confusion est probablement partie de ce mot. Confusion volontaire ou involontaire ?
  • Ensuite, la maladie et les infirmités étant considérées comme des manifestations du démon à cette époque, une « possédée » n’est pas nécessairement une hystérique qui se roule sur le sol. La preuve se trouve dans l’Evangile de Luc déjà cité plus haut :

« Les douze l’accompagnaient ainsi que quelques femmes qui avaient été guéries d’infirmités et délivrées d’esprits mauvais: Marie, appelée Magdaléenne, de laquelle avaient été chassé sept démons, … » (Luc 8 , 2)

       Il faudrait être de très mauvaise foi pour soutenir que Jésus était entouré d’une cohorte
       de femmes hystériques ou de mauvaise vie. De femmes affligées de maladies du corps ou
       de l’esprit est nettement plus crédible.

       LEglise catholique romaine, disions-nous, a donc fusionné les trois personnages au
       VI e siècle : pour des raisons historiques ou des raisons plus politiques ? Cette fusion
       solutionne bien sûr une contradiction qui n’est peut-être qu’apparente : la Marie qui
       habitait Béthanie était peut-être originaire de Magdala, tout compte fait.

      Mais le vrai problème est qu'une sainte qui est une pécheresse repentie ne peut être qu’une
      sainte de seconde zone.  Exit donc l’Apostola Apostolorum : prendre comme chef de
      l’Eglise un Apôtre qui a renié le Christ, soit : après tout c’était un homme avec ses
      faiblesses. Mais une femme ! Une pécheresse repentie en plus ! Et comme Apôtre des
      Apôtres !? Horresco referens [7]! Quelle abomination ! Il fallait donc que ce soit    
      Pierre, le chef des Apôtres !
 


Résumons les sources chrétiennes

Marie de Magdala (Marie Madeleine) serait née en l'an 3 de notre ère et aurait été la fille de l'archiprêtre Syrus le Yaïrite, prêtre de David. Son père officiait dans la synagogue de Capharnaüm. Eucharie, sa mère, aurait appartenu à la lignée royale d'Israël mais non davidique.

Originaire de la ville de Magdala (de l'hébreu migdal, « tour ») sur la rive occidentale du lac de Tibériade, Marie de Magdala (ou Marie la Magdaléenne) était une femme qui, comme on vient de le voir, a été délivrée de sept démons par Jésus (Luc 8, 2).




Magdala sur le lac de Tiberiade

Elle devint une de ses disciples peut-être La disciple la plus importante du Christ et l'a suivi jusqu'à sa mort (Marc 15, 40-41).


Elle est également la femme la plus présente du Nouveau Testament, surtout si elle est la même personne que Marie de Béthanie et que la pécheresse repentie.    

Elle fut témoin de la mort de Jésus et le premier témoin de sa Résurrection (Marc 16, 1 ; Matthieu 28, 9), mais elle ne le reconnaît pas tout de suite et essaie de le toucher, ce qui lui vaudra la phrase Noli me tangere (« Ne me touche pas »). Elle est la première à voir le Christ ressuscité, ce qui en fait le premier Apôtre, donc le plus important.




Marie-Madeleine annonce la résurrection aux Apôtres
(icône orthodoxe)


Et puis, c
est elle que le Christ charge daller annoncer aux Apôtres quIl est ressuscité, doù son surnom d « Apostola Apostolorum » (Apôtre des Apôtres), eu égard à limportance de la mission qui lui est confiée par le Christ en personne.

 

Marie de Magdala est considérée comme une Sainte par l’Église Catholique Romaine, l’Église Orthodoxe et la Communauté Anglicane, qui célèbrent sa fête le 22 juillet.

 


 

miniature du moyen-âge

La tradition catholique l'a également intégrée dans la légende médiévale des Saintes Maries de la Mer en l'identifiant là aussi avec Marie de Béthanie, sœur de Lazare et de Marthe. La tradition provençale, qui reprend cette identification, raconte qu'après avoir accosté aux Saintes-Maries-de-la-Mer et avoir évangélisé la région, Marie de Magdala aurait vécu toute la fin de sa vie en prières dans la grotte (aujourd'hui sanctuaire) de Sainte-Baume (Massif de la Sainte-Baume). Son tombeau à Saint-Maximin-la-Sainte-Baume (Var, France), gardé par les moines Dominicains depuis 1295, est considéré comme le 3e tombeau de la chrétienté.   

 

Les apocryphes

 

Un texte apocryphe du codex de Berlin, écrit en copte entre le IIIe siècle et le Ve siècle, porte son nom : lÉvangile de Marie. Il s'agit d'un texte gnostique comprenant un dialogue entre le Christ et Marie de Magdala, suivi de dialogues entre Marie de Magdala et les Apôtres.     
Jean-Yves Leloup en a publié une traduction et des commentaires.

 

Au Moyen Âge, la Légende dorée de Jacques de Voragine (moine dominicain chargé par le pape décrire une vie des saints « autorisée ») évoque l'hypothèse selon laquelle Marie de Magdala aurait été l'épouse de saint Jean l'Évangéliste. D'aucuns se sont même demandés si Jean et Marie Madeleine nauraient pas constitué une seule et même personne : Marie de Magdala serait désignée dans les textes sous l'identitié de l'« apôtre Jean » lequel est souvent vu comme l'apôtre préféré du Christ et désigné par des expressions telles que «le disciple que Jésus aimait».



Jésus et Marie-Madeleine lors de la dernière cène
(Juan de Joannes)


C
est ce que pense Léonard de Vinci, qui donne une figure féminine à l'apôtre traditionnellement identifié comme étant Jean dans La Cène                                             
Que Marie Madeleine ait été présente à la Cène, pourquoi pas, mais qu’elle ne fasse qu’un avec Jean, paraît fort peu crédible.  

 


 

Jésus et Marie-Madeleine lors de la dernière cène
(Léonard de Vinci)

Un certain nombre de textes apocryphes, comme lÉvangile de Marie déjà cité, l'Évangile de Thomas et lÉvangile de Philippe, sont utilisés pour accréditer la thèse du mariage de Marie de Magdala et de Jésus de Nazareth, ainsi que limportance du rôle des femmes dans léglise des premiers temps. Il nexiste aucune preuve historique de ce mariage, même si certains suggèrent que, lors des noces de Cana, cétait bien leur mariage qu’on célébrait.

Marie, mère de Jésus, se serait-elle sinon inquiétée auprès de son fils de ce quil ny avait plus de vin pour les invités ? Aurait-elle dit aux serviteurs : « faites ce qu’il (Jésus) vous dira », si elle et lui étaient des simples invités ? Les serviteurs auraient-ils obéi à des invités plutôt qu’aux responsables de la noce ? Le maître de cérémonie aurait-il félicité Jésus pour le choix des vins, s’il n’était pas l’époux ?                                                                                           

Par ailleurs, il est un fait que Jésus était un Rabbi, et en tant que tel aurait dû être marié, car la loi juive interdisait à un homme non marié de parler dans le Temple. Si, au mépris de la loi juive, Jésus navait pas été marié, les Evangélistes se seraient sans doute empressés de donner les raisons de ce célibat contraire à la règle. Et si Jésus a été marié, il ny avait pas de raison dattirer particulièrement lattention sur ce fait, dautant que les Evangiles nont pas lhabitude de sétendre sur les épouses des Apôtres. Mais ce nest bien sûr pas une preuve.

Notons en passant que Rogier van der Weyden (XVe siècle), dans son triptyque du calvaire, représente Marie Madeleine en veuve. Lidée nest donc pas neuve.

 

 

Jésus et Marie-Madeleine
vitrail de l'église de Kilmore (Ecosse)


La légende des Saintes Marie

 


Sous le vocable des Saintes Marie la tradition catholique désigne trois femmes : Marie-Madeleine, Marie Salomé, mère des apôtres Jean et Jacques et Marie Jacobé (mère de Jacques le Mineur).

 

Après le martyre de saint Étienne, lapidé par les juifs (entre 33 et 36) et l'exécution de l'apôtre Jacques le Majeur par Hérode Agrippa en 42 (Actes 12, 2), la persécution fut si violente à Jérusalem que tous les fidèles de Jésus partirent, à l'exception des Apôtres.
En 42, les juifs se saisirent de Marie de Béthanie ("Marie-Madeleine"), de son frère Lazare le ressuscité, de sa sœur Marthe et les embarquèrent au port de Joppé (Jaffa) sur un bateau sans voile ni rame, comme dit la tradition provençale.

Marie-Madeleine chassée de Palestine
(basilique de Saint-Maximin)


Plus probablement, selon la coutume de l'époque, ils les embarquèrent sur un navire de lignes régulières, en donnant aux marins la mission de les déposer sur quelque lointain rivage. Rien n’empêche même qu’en réalité ils soient partis de leur propre chef  jusquoù leurs moyens financiers le permettaient.

Il existait déjà une importante communauté démigrés juifs à Marseille et une autre du côté du Midi-Pyrénées. Hérode Antipas, Hérodiade et Salomé y furent dailleurs exilés par les romains. Flavius Josèphe dit en effet, dans l'histoire de la guerre des Juifs et Les antiquités judaïques, que le tétrarque fut envoyé en exil à Lugdunum « proche de l'Espagne » (Saint-Bertrand-de-Comminges).

Quant au bateau sans voile ni rame, il faut préciser que les bateaux de haute mer ne pouvaient pas accéder au port de Marseille, qui n’était pas assez profond, et une navette de barques déchargeait voyageurs et marchandises des bateaux jusquà la terre ferme.

 

Plusieurs disciples vinrent partager leur sort : les deux « sœurs » de la Vierge Marie[8] (en araméen aha signifiait à la fois sœur, demi-sœur et cousine) : Marie Jacobé (fille de Sainte Anne[9] et de Clopas[10], et mère de Jacques le Mineur), Marie Salomé[11] (mère des apôtres Jacques le Majeur et Jean l’Evangéliste), Maximin (un des 72 Apôtres), Sidoine l'aveugle, et Joseph d'Arimathie (qui avait mis son tombeau à la disposition du Christ).

Selon la légende, ce dernier avait emporté la coupe avec laquelle Jésus Christ célébra sa dernière Cène et dans lequel fut recueilli son sang sur le calvaire : le fameux calice du Saint Graal.
La légende dit que la barque vint aborder soit à Marseille même, soit aux Saintes-Maries-de-la-Mer, bien que, à cette époque là, le niveau de la mer recouvrait les Saintes-Maries-de-la-Mer. Sainte Sarah, servante des Saintes Marie, aurait été aussi du voyage, mais il existe d
autres sources (gitanes) qui disent qu'elle habitait en Camargue et qu'elle a assisté les Saintes Marie après leur arrivée.

 

Marie-Madeleine se retirera dans le massif de la Sainte-Baume, Lazare deviendra, dit-on, le premier évêque de Marseille, Maximin et Sidoine se dirigeront vers Aix, tandis que Marthe se dirigera vers Tarascon où, d'après la légende, elle terrassera le monstre appelé Tarasque. Seules resteront sur place Marie Salomé, Marie Jacobé et Sarah. Elles y moururent et l'endroit où elles seront ensevelies deviendra un important lieu de culte et de pèlerinage chrétien ainsi qu'une halte sur le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle (où est vénéré Jacques le Majeur, fils de Marie Salomé).

 



Marie-Madeleine à la Sainte-Baume

Les "traditions provençales" remontant au bas Moyen Age ont donc donné, comme fondateur et premier Évêque de Marseille, Lazare, le ressuscité de Béthanie. Il ne sagit pas dun fait « historique » avéré, mais en tout cas il y est vénéré depuis des siècles comme "patron" du diocèse et, dans la communion des saints, il est protecteur, intercesseur et modèle pour lÉglise de Marseille, pasteur et troupeau. Certains pensent quil y a eu dans son culte linfluence dun Lazare, évêque dAix, décédé vers 420, et inhumé dans les cryptes de St-Victor.

 



Marie-Madeleine prêchant à Marseille


Marie Madeleine, après avoir prêché et converti de nombreux habitants à la nouvelle religion, se retira à la Sainte Baume où elle vécut en ermite.
La grotte (en provençal : baumo) de Marie-Madeleine est une grotte naturelle creusée par l’érosion. Toujours selon la tradition de Provence, Marie-Madeleine y vécut les trente dernières années de sa vie, après avoir évangélisé toute la région. Les détails des représentations iconographiques et des sculptures qu’elle a inspirée sont toutefois souvent tirés de la légende de Marie l’Egyptienne. Cette dernière, ancienne prostituée d’Alexandrie mais repentie, vécut dans le désert égyptien, notamment dans une grotte, seulement vêtue, selon la légende, de ses cheveux. Juste avant sa mort elle fut découverte par un moine nommé Zozime[12].
Beaucoup d’artistes ont donc préféré chercher leur inspiration dans le modèle de Marie l’Egyptienne pour représenter Marie Madeleine.



 

Marie-Madeleine par Titien

Marie Madeleine quitta la Sainte Baume pour mourir auprès de saint Maximin (l'un des 72 disciples), dans la petite bourgade où il avait construit son oratoire et qui porte aujourd'hui son nom. Si elle a quitté Jérusalem en 42, elle serait donc morte à l’âge de 69 ans environ, ce qui serait un bel âge pour l’époque. Saint Maximin ensevelit la sainte dans un sarcophage sculpté.

 

 

 


La querelle des reliques

 

En 415, St Jean Cassien fonde  l'abbaye de Saint-Victor sur une ancienne carrière devenue nécropole. C'est là que les premiers chrétiens de Marsala (Marseille) furent enterrés autour de leur premier évêque, Lazare, pense-t-on. On voit aujourd'hui dans les cryptes un siège taillé à vif dans la roche: « la confession de saint Lazare ».

C’est Gérard de Roussillon qui fit transférer les reliques attribuées à Lazare de Marseille à Autun.

A la suite de St Jean Cassien, les Cassianites, moines contemplatifs, s’installent en particulier là où Marie Madeleine et son frère Lazare sont réputés avoir vécu. En 1993, des fouilles ont permis de retrouver à St Maximin un baptistère du 4ème ou 5ème siècle probablement utilisé par St Jean Cassien.

 

Au 9ème siècle, les Sarrasins d'Espagne, envahissent la Provence et pillent Aix. On éprouve donc les pires craintes pour les reliques de Marie Madeleine gardées à Saint Maximin. Le comte Girart de Roussillon (819-877) et l'abbé Eudes de Vézelay envoient sur place le moine Badilon pour retrouver et ramener les  restes de Marie-Madeleine à Vézelay. Ce qui est fait en grande pompe.

Mais les moines Cassianites, qui avaient la garde des restes de Marie Madeleine protestent.

Ils auraient transféré en secret les restes de Marie Madeleine avant l’invasion et possèdent toujours les « vrais » restes. En 1058 le pape Etienne IX, puis en 1103 le pape Pascal II, reconnaissent la valeur des reliques de Marie Madeleine détenues à Vézelay.

Le 9 décembre 1279, Charles II, prince de Salerne, neveu de saint Louis, futur comte de Provence et roi de Sicile entreprit des fouilles à Saint-Maximin.

On découvrit le corps de Marie-Madeleine auquel manquait la mâchoire inférieure, qui fut retrouvée à Saint Jean de Latran.

L’évêque Bernard de la Guionie, un dominicain, rapporte :

 

"Lorsqu'on ouvrit le tombeau, il se répandit une suave odeur de parfum comme si l'on eut ouvert un magasin d'essences aromatiques; tous les assistants attirés par ces merveilleuses émanations se précipitèrent, et reconnurent à ce premier prodige, celle qui avait embaumé Jésus... »

En 1279 donc, le pape Boniface VIII, prend  parti pour St Maximin, et reconnait l’authenticité des reliques de Sainte Marie Madeleine (re)découvertes à St Maximin.

Comme dit plus haut, le tombeau et les reliques de Saint-Maximin-la-Sainte-Baume (Var, France), sont gardés par les moines Dominicains depuis 1295.

 

Il en résulte qu’aujourd’hui on vénère à Vézelay des ossements de Sainte Marie Madeleine (veillés par les moines bénédictins, puis franciscains) et à St Maximin son crâne et un petit os de la main (veillés par les moines dominicains).

Bien que ce conflit des reliques fasse quelque peu désordre, il prouve en tout cas que le Moyen Age accordait une très grande importance à ces reliques et les tenait pour authentiques. Personne non plus ne mettait en doute la présence dans la région, au premier siècle après Jésus-Christ, des personnages de l’entourage de Marie Madeleine cités plus haut.



 

 le reliquaire de Saint-Maximin


En 1974, une expertise anthropologique d'ossements de Marie Madeleine fut confiée au CNRS. Ces ossements provenaient de la crypte de Saint-Maximin, de la grotte de la Sainte Baume et du reliquaire de l'église de la Madeleine à Paris. Les scientifiques ne peuvent bien sûr pas affirmer qu'il s'agit bien des ossements de Marie Madeleine, mais ils précisent que ce sont des ossements de femme, de petite stature, de type méditerranéen gracile, âgée d'une cinquantaine d'année environ, et qui datent du premier siècle de notre ère.

C’est en tout cas suffisant pour mettre fin aux critiques des sceptiques qui soupçonnaient une invention tardive et des restes datant du Moyen Age.

 



le reliquaire avec masque doré utilisé lors des processions


Je terminerai par ce beau récit, daté du VIIème siècle environ, qui cite un texte écrit par Saint Maximin lui-même, et qui raconte la fin de vie de Marie Madeleine :

 

« Ainsi, avant que brille l'aurore du Dimanche de la Résurrection, le     
            bienheureux Maximin se rendit seul à son oratoire, comme il lui avait      
            été commandé. Et, en ce lieu où il avait coutume de prier, il aperçut 
           devant lui la bienheureuse Marie Magdeleine se tenant debout au milieu  
           de ces anges qui l'avaient amenée là. Elle était entourée d'une si grande 
           splendeur de lumière que tout l'oratoire lui-même brillait d'une lumière  
           plus claire que la lumière du jour. Alors que l'homme de Dieu restait
           auprès de la porte, un peu à l'intérieur, il vit le chœur des anges se 
           retirer, et la servante restant seule au milieu prier les mains étendues.
           Elle était toutefois élevée de terre dans l'air de manière qu'il semblait y  
           avoir l'espace de deux coudées entre la terre et son petit corps.
           Comme il craignait d'approcher plus près, la bienheureuse familière du  
           Christ se tournant lentement lui dit:

« Approche-toi plus près, Père; ne fuis pas ta familière et contemple quelle sienne clarté Dieu fait luire autour de moi ».

 

« Alors qu'il s'approchait, comme nous l'avons trouvé exprimé dans les 
            livres du même bienheureux Maximin,
le visage de sa servante, à
            cause de la visitation continuelle et divine des anges, irradiait de telle  
            sorte que quelqu'un aurait pu regarder plus facilement les rayons du 
            soleil que son visage. »


« Alors elle demanda au Bienheureux Maximin qu'il convoquât les prêtres et tout
son clergé. Une fois qu'ils furent présents, elle reçut le corps et le sang de son Sauveur, présentés par le bienheureux évêque, avec une très grande inondation de larmes. Puis elle recommanda à tous les assistants de prier plus attentivement. Enfin, au milieu des oraisons et des larmes de tous, son petit corps s'étant affalé au pied de l'autel, cette très sainte âme migra vers son Seigneur, au jour de sa Résurrection et à la première heure. »


« Après son trépas, une odeur d'une telle suavité se répandit là qu'elle fut sentie
par tous ceux qui entraient dans l'oratoire pendant environ sept jours ».


(Cité par Faillon, tome II, pages 450 D et 451 A. et traduit par le Frère Philippe Devoucoux)





Marie-Madeleine portée par les anges

 

*

*          *



[1] Marthe et Marie de Béthanie sont les sœurs de Lazare le ressuscité, ami personnel de Jésus.

[2]  La maladie est assimilée à une action du démon à cette époque et 7 est un nombre symbolique dans la Bible.

[3]  Marie Jacobée, demi-sœur de la Vierge Marie

[4]  Marie Salomé, mère de Jacques le Majeur et de Jean l’Evangéliste. Jacques est dit le majeur dans le sens d’ainé de Jean.

[5] Et non plus « femme ».

[6] Homiliae in Evangelium 2, 33

[7] J’en frémis en le racontant !

[8] Fille de Sainte Anne et de Saint Joachim

[9] Mère de Marie, la mère de Jésus.

[10] Frère cadet de Joseph, le père putatif de Jésus.

[11] Autre fille de Sainte Anne et de Clopas.

[12] A Zozime, s’inquiétant de sa tenue, elle aurait dit : « Je me nourris et je me vêts de la parole de Dieu, car l’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu ».

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